Mon bilan Cinéma de 2017

Nous y sommes. La fin de l’année. Fleurissent sur les réseaux sociaux et dans les médias des « bilans » de l’année passée. Exercice parfois un peu vain mais qui a le mérite pour la personne qui le fait de mettre de l’ordre dans ses souvenirs cinéphiles de l’année, de classer, de trier, de faire ressortir ses agréables surprises et ses déceptions. C’est donc pour cela que je vais, moi aussi, écrire un petit bilan de mon année.

Bilan en deux temps : d’abord, mon année cinéma générale, entre nouveautés et vieilleries, puis le classement de mes films préférés sortis en 2017.

Bilan général

Cette année, j’ai vu en tout et pour tout 329 films dont 320 longs-métrages. J’ai vu 168 de ces films dans une salle de cinéma. Voici un petit bilan par mois, avec le nombre de films vus et ma plus belle découverte :

  • Janvier : 20 films vus21035999_20130904105618914.jpg
  • Février : 33 films vusef4f7230580a2f2774292f78ebcd6243.jpg
  • Mars : 20 films vusmrdeeds_1436043752.jpg
  • Avril : 12 films vus21047625_20131008153522592.jpg
  • Mai : 16 films vusla-dolce-vita1.jpg
  • Juin : 34 films vusa-midsummer-nights-dream.10057.jpg
  • Juillet : 11 films vus5jevlf6dzkkz.jpg
  • Août : 26 films vusthe-duellists-harvey-keitel-keith-carradine-ridley-scott-affiche.jpeg
  • Septembre : 51 films vusandrei-roublev.jpeg
  • Octobre : 36 films vusilgattopardo-1.jpg
  • Novembre : 33 films vustumblr_nl4c7n9KBZ1unnsgko3_1280.jpg
  • Décembre : 37 films vusRyans_Daughter_.jpg

Mes 15 films préférés de 2017

Comme vous avez pu le comprendre, j’ai vu beaucoup de films cette année, notamment au cinéma. Mais, en ce qui concerne les nouveautés de l’année, j’ai fait un tri assez important pour n’aller voir que les films m’intéressant vraiment, réduisant le nombre de films vus à moins de 40. Cette sélection m’a permis non seulement de voir beaucoup de films plus anciens, mais également de pouvoir avoir un corpus important de bons films sortis en 2017. Et j’en ai donc sélectionné 15 qui sont, selon moi, à voir.

15. Logan de James Mangold

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Ultime aventure de Hugh Jackman dans la peau de Wolverine, Logan est un bug dans le système des films de super-héros, film personnel pour Mangold et belle relecture du Shane de George Stevens, cité texto à l’écran par le film. Un beau chant du cygne symbolisé par ce magnifique dernier plan, suivi par le générique sur fond de « The Man Comes Around » de Johnny Cash.

14. Okja de Bong Joon-ho

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Production Netflix, ce Okja aurait bien sûr mérité d’être vu en salle par un grand nombre de personnes. Mais en l’état, il reste un excellent film d’aventure, d’apprentissage à travers certains lieux géographiques (la campagne coréenne, Séoul, New-York) construit comme un roller-coaster émotionnel et d’action par son réalisateur Bong Joon-oh, fable écologiste centrée sur l’amitié entre une petite fille et son cochon de compagnie. A noter : la formidable séquence à Séoul, jubilatoire et fun, mais aussi touchante quand il le faut. Grande réussite.

13. Blade Runner 2049 de Denis Villeneuveblade-runner-2049-bande-annonce-002

J’avoue que je partais avec un a priori très négatif sur ce film. Faire une suite de Blade Runner 35 ans après avec Villeneuve à la réal, ça me faisait très peur. Finalement, je dois l’admettre, et j’en suis ravi, j’ai eu tort de m’inquiéter. Cette suite réussit non seulement à raccrocher les wagons avec le film original, mais aussi à créer une réponse en miroir aux thématiques du film de Scott à l’intérieur de l’intrigue qui sert de suite. Rick Deccard n’est évoqué qu’après plusieurs dizaines de minutes, et on le voit seulement au bout de 2h, sans que son absence nous fasse ressentir un manque. Cela est possible grâce à la manière avec laquelle Villeneuve et ses scénaristes créent notre intérêt pour le personnage de Ryan Gosling, raccrochant son quotidien de « blade runner » au film de 1982 petit à petit. Esthétiquement, le film délaisse l’aspect poisseux du néo-noir pour aller vers un minimalisme très villeneuvien mais sublimé par Deakins et par la belle direction artistique. Deux petits bémols : la mise en scène de Villeneuve qui aurait mérité d’être un peu plus découpée et dynamique, et la musique toujours plus insupportable de Hans Zimmer.

12. Jackie de Pablo Larraínvlcsnap-2017-12-24-13h58m35s195.png

Jackie, bien que s’inscrivant dans la grande Histoire et se focalisant sur un événement surmédiatisé (l’assassinat de JFK en 1963), est plus un portrait intime d’une femme dans la tourmente qu’un film historique. En atteste la caméra 16 mm avec le cadre en 1,66 collant de près à Natalie Portman, à son visage et à son allure. Jackie est une réussite parce qu’il se concentre sur ce portrait sans jamais oublier le contexte historique, parce qu’il met des images sur un drame intime avec pudeur mais sans oublier l’émotion.

« Don’t let it be forgot, that once there was a spot, for one brief shining moment that was known as Camelot. »

11. Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina

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Comme d’habitude avec les bon films Pixar, leur concept de départ prend pleinement forme grâce au scénario d’une intelligence émotionnelle sans commun. Ici, Lee Unkrich et ses collaborateurs prennent pour point de départ un événement par définition limité à un seul pays mais font en sorte, déjà, de le rendre compréhensible et palpable par tout le monde, mais aussi l’utilisent pour en faire sortir une histoire universelle sur la famille et le deuil. Et bien sûr, le film nous amène là où on ne s’attend pas et sort des sentiers balisés. Visuellement, c’est une merveille, mais ça ça n’étonne personne.

10. Billy Lynn’s Long Halftime Walk de Ang Lee6SwBML.png

Ne pas pouvoir voir ce film dans les conditions désirées par son réalisateur fut l’une des plus grosses déceptions de mon année de cinéma. Mais heureusement, le film de Ang Lee est appréciable même sans des conditions optimales. Parce que ce qu’il raconte est tellement fort – le patriotisme exacerbé, le PTSD, la mythification de soldats n’ayant rien demandé, leur mise en scène par le spectacle – et tellement bien raconté, avec une structure très simple se structurant autour de cette mi-temps de match de football américain où les feux d’artifice se confondent avec des coups de feu et où tous les traumatismes de la guerre lointaine resurgissent bel et bien sur le sol américain. Grand film, et grand Vin Diesel (oui oui) dans cette belle scène finale.

9. Voyage of Time: Life’s Journey de Terrence MalickVoyage-of-Time_film-page-2000-2000-1125-1125-crop-fill.jpg

Excroissance cosmique de The Tree of Life, ce film est à conseiller de préférence aux adeptes de Malick, tellement son abstraction du récit pour une forme pure se suffisant à elle-même complétée par des morceaux de musique classique et une voix-off méditative est prégnante. Mais si on se laisse porter, Voyage of Time est un formidable périple à travers les âges, les échelles (de la molécule à la galaxie), les cultures, les paysages. L’une des plus belles séquences est sûrement celle s’attardant sur des hommes préhistoriques, joués à l’occasion par des acteurs, et donnant lieu à de magnifique moments de cinéma, et donc de vie.

8. War for the Planet of the Apes de Matt Reeves

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Je reprends ici une citation de mon article « Apocalypse Now et le cinéma d’aujourd’hui » où je parle du film :

Mais War for the Planet of the Apes, contrairement à Kong: Skull Island ne se limite pas à une simple référence au film fondateur qu’est Apocalypse Now. Matt Reeves et le scénariste Mark Bomback, tout en se réappropriant le roman de Pierre Boulle, brassent diverses influences comme le western (les singes à dos de cheval, fusil à la main) et le film biblique (Cesar serait Moïse guidant le peuple des singes vers la terre promise) notamment. On peut simplement regretter la référence à Apocalypse Now soulignée par l’inscription peu subtile sur le mur d’un tunnel « Ape-ocalypse Now ». En dehors de ça, Matt Reeves, en plus de pleinement intégrer les références au film de 1979, réalise une conclusion ambitieuse et pleinement réussie à la trilogie initiée en 2011.

7. Song to Song de Terrence MalickStS_2.png

Alors que Knight of Cups penchait vers une frénésie de l’abstraction narrative, montrant des bribes de moments d’une vie sans jamais s’attarder vraiment sur des scènes en particulier, Song to Song propose une accalmie bienvenue. Alors oui, le film de Malick adopte partiellement le rythme rock voulu par son tournage à Austin, mais comme le dit l’un des personnages (« slower »), le montage se calme et permet de mieux se concentrer sur ces histoires d’amour éphémères mais magnifiquement captées par le duo Malick/Lubezki.  Le réalisateur est en quelque sorte arrivé à l’apogée de son style ambitionné dès The New World en 2005 et perfectionné par The Tree of Life plus tard, lui ayant attiré les foudres avec To the Wonder. Ainsi, l’annonce de son prochain film, Radegund, pour lequel il adopte de nouveau une narration traditionnelle a le mérite d’intriguer.

6. Dunkerque de Christopher Nolan

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La citation est tirée de ma critique de Dunkerque publiée sur ce blog :

Le cinéaste britannique réussit donc son pari de réaliser un grand film de guerre sur le mode d’un survival movie où la déformation du temps aurait une place prépondérante. Encore une fois, il faut saluer le brio du scénario et du montage qui permettent à la structure d’être inédite et de, en même temps, tenir la route. Il ne faut cependant pas oublier l’incroyable casting qui incarne les espoirs et épreuves des soldats, qu’il soit composé de têtes connues (l’impérial Kenneth Brannagh, le désespéré Cillian Murphy, le masqué Tom Hardy, l’incroyable Mark Rylance) ou de débutants tels que Fionn Whitehead (le personnage principal ?), Tom Glynn Carney ou encore Harry Styles (oui, l’ex-membre des One Direction). C’est presque un sans-faute donc, même si ce n’est pas du tout le meilleur film de Christopher Nolan. En tout cas, il faut saluer l’ambition qu’il déploie sur plusieurs niveaux : le tournage en IMAX 70mm, l’utilisation d’effets spéciaux physiques et de bateaux et avions datant de la 2nde Guerre Mondiale, la structure du film presque expérimentale. A l’heure des reboots et franchises vides de sens que nous propose Hollywood, on est rassuré de pouvoir compter sur une poignée de réalisateurs capables d’allier grand spectacle et ambition.

5. Star Wars: The Last Jedi de Rian Johnson

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Balayant nombres des éléments introduits par Abrams et également des figures de la trilogie originale, Rian Johnson scénarise et réalise un film imparfait mais aux grandes qualités. La grande différence avec le Abrams est justement qu’il ne se repose pas seulement sur les créations de Lucas pour raconter une histoire, mais invente ses propres figures. Ainsi, on pourra s’enthousiasmer des planètes et décors nouveaux, de même pour la faune de l’univers qui s’agrandit. Mais là où Johnson est le plus fort, c’est pour donner de l’épaisseur à Kylo Ren et à Rey, les deux personnages principaux. Leurs scènes, y compris les champs-contrechamps à des milliers de kilomètres sont à ce titre les meilleures du film, jusqu’au premier climax dans l’antre de Snoke. De même, la séquence sur Crait impressionne par la maestria visuelle déployée, de la spatialisation du champ de bataille au chromatisme porteur de sens. Un bel opus donc, mais gâché quelquefois par des pointes d’humour nous sortant du contexte du film

4. Baby Driver de Edgar Wrightbaby_driver_DF_05205_r.jpg

Baby Driver est un film singulier dans la carrière d’Edgar Wright : premier film américain, premier blockbuster et véritable succès au box-office, et enfin première fois qu’il aborde un genre cinématographique sans un traitement ironique. Bien qu’il commente le genre du film de braquage à travers son Baby Driver, l’auteur est plus que jamais sincère et se dévoile complètement à travers cette oeuvre. Bien sûr, les courses-poursuite en voiture sont jubilatoires, mais les meilleures scènes sont celles où Wright se pose et construit ses personnages (la scène de la laverie) ou même la course-poursuite à pied, formidable scène d’action comme on en voit trop peu. Utilisation singulière de la musique et mise en scène millimétrée ajoutées à un scénario longuement réfléchi donnent un film pas loin du chef-d’oeuvre.

3. A Monster Calls de Juan Antonio BayonaMV5BNjI0Nzk1ODU2Nl5BMl5BanBnXkFtZTgwNTY3ODc4MDI@._V1_SX1777_CR0,0,1777,744_AL_.jpg

Dans la lignée de Guillermo del Toro, Bayona traite des thèmes difficiles par l’imaginaire. Bien que le personnage principal soit un enfant, A Monster Calls n’est pas un film « pour enfants » au premier sens du terme. Comme The Impossible, il traite le deuil de manière frontale, même s’il prend la voie du fantastique pour mieux en parler. Utilisant pleinement les moyens du cinéma pour adapter le livre de Patrick Ness, Bayona signe l’un des films les plus émouvants de l’année. Réussite totale.

2. La La Land de Damien Chazelle170113_la_la_land.jpg

Revival des films musicaux d’antan à la Minnelli et Donen, La La Land est la confirmation que Chazelle est un auteur à suivre dans les prochaines années. Maîtrisant complètement son projet, du scénario à la mise en scène spectaculaire et adaptée au sujet, il construit un beau film sur les relations entre l’amour et les vocations, teinté de nostalgie mais qui ne sombre jamais dans le misérabilisme. Un enchantement de tous les instants.

1. Silence de Martin Scorsese

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Ce film est pour Martin Scorsese un aboutissement, son chemin de croix personnel. Projet qu’il porte en lui depuis des années et qu’il a encore une fois failli abandonner, Silence porte pleinement la marque de son auteur dont on reconnaîtra les tics de mise en scène mais diffère en effet de ses sujets de mafieux habituels. Quand on connait bien sa carrière, on sait que le thème de la religion, notamment catholique, le travaille en permanence. Ainsi, il paraît logique qu’il se soit attaqué de manière aussi frontale à ce sujet. Et il le fait avec brio, comme d’habitude, offrant parmi les plus beaux moments de cinéma de l’année – la scène du silence en tête. Guillaume Gas, sur le site Courte-Focale en parle mieux que je ne pourrais jamais le faire.

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Dunkerque : inatteignable patrie

Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.

[Petite précision : J’ai pu découvrir le film en IMAX, dans le format d’image voulu par Christopher Nolan, le 1,43:1]

Christopher Nolan a souvent – que ce soit lors du climax d’Inception, par la structure de Memento ou par le scénario d’Interstellar – eu la volonté de jouer avec le temps, de le déformer, de le dilater, de le raccourcir. Dunkerque s’attaque donc à un événement plutôt connu de la 2nde Guerre Mondiale. Alors qu’un réalisateur lambda nous aurait peut-être livré un film de bonne facture, Nolan, pour sa part, utilise l’histoire de l’évacuation des troupes alliées de la plage de Dunkerque pour continuer ses expérimentations formelles sur le temps. Organisant son histoire autour de 3 temporalités (1 semaine sur terre, 1 jour sur mer, 1 heure dans les airs), Nolan envisage son film comme un film de guerre, évidemment, mais également (et peut-être davantage) comme un survival. Peu de combats sont à dénombrer finalement dans ce film de guerre, et, chose rare, on ne voit presque pas l’ennemi allemand. Le scénario met plutôt l’emphase sur l’incroyable épreuve que les soldats bloqués sur la plage de Dunkerque doivent surmonter pour peut-être pouvoir revenir chez eux. Au fond, Dunkerque nous raconte l’histoire de soldats bloqués dans le purgatoire, d’où ils peuvent apercevoir leur Patrie (Dieu) mais pas l’atteindre. Ainsi, lors de plusieurs dialogues, les soldats et officiers évoquent leur Patrie qu’on peut presque voir depuis la plage de Dunkerque. On peut presque la voir, mais l’atteindre semble impossible.

La situation des soldats bloqués là où ils ne veulent pas être étant par nature viscérale et complètement limpide aux yeux des spectateurs, Nolan n’a même pas besoin de forcer la symbolique plus que de raison,. Le film part de cette base narrative et thématique et ajoute tous les ingrédients nécessaires pour faire monter la tension : musique de Hans Zimmer insistant sur le temps qui passe et qui s’enfuit, montage alterné qui jongle entre plusieurs temporalités, filmage qui colle à la peau des personnages et même à la carrosserie des bateaux et avions présents sur le champ de bataille. Le format 1,43:1 accentue cette immersion et nous permet de voir « plus », ou en tout cas de voir comme un soldat présent sur place verrait. C’est pour nous mettre dans la peau des soldats alliés que Nolan ne montre jamais (ou presque) les soldats allemands, et c’est également pour ne pas briser l’immersion qu’on ne voit jamais de flash-backs nous montrant la vie des personnages avant la guerre. L’identification émotionnelle passe d’une autre façon. Elle passe par le personnage de Cillian Murphy qui refuse absolument de retourner à Dunkerque, par la scène qui se déroule dans le bateau échoué et où l’on se demande si on doit sacrifier une personne pour survivre, par la scène (vue de deux points de vue différents, à deux moments différents du film) où un pilote anglais dont l’avion a été touché amerrit et reste bloqué dans le cockpit alors que ce dernier prend l’eau. L’émotion passe par l’action, par les actes de survie, les réflexes humains dont font preuve les personnages, au détriment parfois de la rationalité. Dans les précédents films de Nolan, les personnages (Batman, Cooper dans Interstellar, Cobb dans Inception…) étaient, parfois en grande partie, définis et motivés par leur passé, et le cinéaste nous communiquait cela par des flash-backs. Ici, c’est le présent qui compte. Comme dans The Dark Knight Rises et dans Interstellar, c’est l’instinct de survie qui guide les personnages de Dunkerque.  Une simple interrogation pèse sur les personnages : vais-je m’en sortir, ou non ?

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On comprend les influences citées par Nolan pour Dunkerque, notamment celles des films muets. Nombre de séquences sont presque muettes, construites entièrement par la mise en scène et le montage. Bien sûr, certains dialogues explicatifs sont nécessaires pour comprendre les enjeux. Mais les interactions entre les personnages reposent sur leurs actions, pas sur leurs paroles. C’est là où le film est viscéral. La caméra est toujours en mouvement, on alterne en permanence entre les différentes temporalités, ces dernières s’entrecroisent et on retrouve les personnages à plusieurs moments différents, jusqu’à ce dernier tiers magistral où tout se recoupe. Il faut vraiment insister sur l’énorme exploit de cette fin de film qui récompense tous les efforts fournis pendant les scènes précédentes, et où terre, mer et airs se rejoignent pour aboutir à une chose : la victoire. Certes, comme l’a dit Churchill, c’est une énorme défaite militaire. Mais en soi, la survie individuelle de chaque soldat, et surtout de la majorité des 400 000 soldats bloqués à Dunkerque, est une victoire (« Survival is victory », comme le scandaient certaines affiches promotionnelles). Qu’est-ce que la survie pourrait être d’autre ? Quand les soldats rentrent en Angleterre, ils craignent un accueil hostile de leurs compatriotes. Mais c’est tout l’inverse qui se déroule : ils sont accueillis en héros simplement parce qu’ils ont survécu.

Le cinéaste britannique réussit donc son pari de réaliser un grand film de guerre sur le mode d’un survival movie où la déformation du temps aurait une place prépondérante. Encore une fois, il faut saluer le brio du scénario et du montage qui permettent à la structure d’être inédite et de, en même temps, tenir la route. Il ne faut cependant pas oublier l’incroyable casting qui incarne les espoirs et épreuves des soldats, qu’il soit composé de têtes connues (l’impérial Kenneth Brannagh, le désespéré Cillian Murphy, le masqué Tom Hardy, l’incroyable Mark Rylance) ou de débutants tels que Fionn Whitehead (le personnage principal ?), Tom Glynn Carney ou encore Harry Styles (oui, l’ex-membre des One Direction). C’est presque un sans-faute donc, même si ce n’est pas du tout le meilleur film de Christopher Nolan. En tout cas, il faut saluer l’ambition qu’il déploie sur plusieurs niveaux : le tournage en IMAX 70mm, l’utilisation d’effets spéciaux physiques et de bateaux et avions datant de la 2nde Guerre Mondiale, la structure du film presque expérimentale. A l’heure des reboots et franchises vides de sens que nous propose Hollywood, on est rassuré de pouvoir compter sur une poignée de réalisateurs capables d’allier grand spectacle et ambition.

Interstellar, l’Odyssée de l’Humanité

Synopsis: Un groupe d'explorateurs exploite une faille dans l'espace-temps afin de parcourir des distances incroyables dans le but de sauver l'humanité.

Christopher Nolan a toujours divisé. Certains crient au génie, d’autres à de l’opportunisme immonde. Personnellement, j’ai plutôt tendance à être d’accord avec les premiers. J’ai dû voir The Dark Knight une dizaine de fois, Inception et The Dark Knight Rises au moins 4 fois, et j’ai adoré MementoBatman Begins et The Prestige. Bref, j’adore Nolan. Il perpétue la tradition du Cinéma avec un grand « C », un cinéma qui se veut intelligent et divertissant à la fois, émouvant et avec des ancrages rééls à la fois.

C’est avec une attente énorme que je suis allé voir Interstellar. Je suivais le projet depuis environ 1 an, et j’ai regardé les trailers disponibles dès leur sortie (ce que je déconseille de faire, mieux vaut arriver devant le film sans presque rien en connaître). Comme pour les précédents films de Nolan, les détracteurs ont sévi et ont déclaré le film comme une bouilli sans intérêt copiant 2001 : A Space OdysseyThe Black Hole ou encore Contact. Il a même été dit que le film faisaient des références à Gravity, alors que le tournage a été terminé avant même la sortie du très bon film d’Alfonso Cuarón.

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La vérité, c’est qu’Interstellar est un vrai film original et ambitieux, au temps des franchises et autres machines à sous comme la 3D. Ici, nous avons affaire à un film qui ne provient d’aucune franchise et tourné en pellicule 70 mm, un procédé presque abandonné de nos jours. Egalement, les thèmes abordés et les questions soulevées le sont avec succès. L’amour et l’espoir sont les deux sujets qui viennent à l’esprit. Comment ne pas perdre espoir lorsque toutes les chances sont tournées contre nous ? Est-ce que l’amour est simplement humain, ou est-ce une valeur universelle ? Ces deux interrogations sont traitées à l’écran par la relation père-fille entre Cooper et Murph, qui est clairement au centre de l’intrigue. Eh oui, Christopher Nolan est un romantique qui le revendique, on le voit clairement dans Interstellar. Cela nous offre de très belles scènes qui ne sont pas garanties de vous laisser sans pleurer, embellies par la musique de Hans Zimmer qui livre ici sa composition la plus belle et la plus pertinente depuis bien longtemps. Pour revenir à cette relation père-fils, on s’attache à Murph, jouée par l’impressionante Mackenzie Foy puis par la géniale Jessica Chastain plus tard dans le film, et on comprend les décisions de Coop, joué par le brillant Matthew McConaughey, son désir de revoir sa fille. Ici, la science-fiction est au service du récit humain. En effet, un scénario comme celui d’Interstellar permet aux scénaristes, donc, aux acteurs et aux réalisateurs de nous faire vivre à travers les personnages des situations inimaginables autrement. Je pense particulièrement à deux scènes que je ne décrirai pas ici pour ne pas spoiler, mais disons que l’une implique Coop, Amelia et Rom, et l’autre Coop et ses enfants, pour ceux qui ont vu le film.

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En plus d’être un très beau film du côté émotionnel, le côté audiovisuel l’est encore plus. La réalisation de Nolan est ici à son apogée, nous offrant des plans magnifiques à la pelle, tout comme Kubrick le faisait avec 2001 : A Space Odyssey. Comme l’a répété à plusieurs reprises le réalisateur : allez voir Interstellar sur le plus grand écran possible, ça vaut vraiment le coup. Le travail du directeur de la photographie est l’un des plus beaux que j’aie jamais eu l’occasion de voir, c’est une véritable claque esthétique. Je l’ai déjà dit plus haut, mais Hans Zimmer est ici à son meilleur, faisant la meilleure utilisation possible des orgues, dans ce morceau par exemple : 

Christopher Nolan livre donc son film le plus intimiste, et paradoxalement (ou pas) le plus ambitieux. Les 2h49 d’Interstellar passent très vite, et l’on en ressort sonné, avec des étoiles plein les yeux et des questions plein la tête. Je suis allé le voir 2 fois en l’espace de quelques jours, et je pense aller le revoir dans le courant de la semaine prochaine. Nous avons là un chef-d’oeuvre, un objet pur de science-fiction, une aventure magnifique, une Odyssée humaine. Allez voir Interstellar, pour l’amour du Cinéma, vous me remercierez.

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