Star Wars: Episode I – The Phantom Menace : to hate or not to hate

20th Century Fox. Lucasfilm. Le fameux « A long time ago in a galaxy far, far away…. ». Puis, la musique de Williams retentit et le texte d’ouverture défile devant nos yeux. Star Wars. Ces deux mots ont, depuis le début de la saga en 1977, fait rêver beaucoup de personnes. En 1999, Lucas propose au public une suite qui n’en est pas une, histoire de prolonger la magie, et surtout d’approfondir l’univers créé il y a plus de 20 ans. Je n’ai pas découvert cet épisode I à l’époque, dans l’excitation et l’espoir que procurait un nouveau film Star Wars. Je n’ai pas non plus vécu la vague de critiques négatives adressées contre Lucas et son film. J’ai découvert cet épisode enfant, sans vraiment connaître le contexte autour. N’ayant pas revu cet épisode depuis des années, il m’a semblé temps de le revoir – et toute la saga avec – pour pouvoir poser de nouveaux yeux sur ce prolongement de l’oeuvre de Lucas.

The Phantom Menace, donc, se propose de raconter les événements antérieurs à l’épisode IV, The New Hope. Ainsi, Lucas avait pour ambition non seulement de montrer l’enfance de celui qui deviendra plus tard Darth Vader, mais aussi de décrire la situation politique (et même, géopolitique) de la Galaxie. Et c’est peut-être ça qui a déplu, les histoires de Fédération du commerce, de République, de Bordure extérieure, alors que la trilogie originale parlait avant tout de la famille Skywalker, et ne s’attardait pas forcément sur la toile de fond politique de son histoire. Le texte déroulant qui se situe au début résume bien la situation : la famille Skywalker n’y est pas mentionnée, au profit de l’explication de l’intrigue politique. On ne peut pas vraiment juger de la qualité de cette partie du film, tant elle repose sur les deux suites, Attack of the Clones et Revenge of the Sith. Je peux seulement dire qu’elle ne passionne pas vraiment, introduisant trop d’éléments au spectateur, alors que l’intérêt de Star Wars repose surtout sur ses éléments mythologiques tels que les Jedi, les Sith, la Force et toutes les autres trouvailles qui rapprochent la trilogie originale d’une épopée fantastique. Il ne faut cependant pas dénier à Lucas le goût pour l’expérimentation, et cette intrigue politique est loin d’être ridicule. Mais, encore une fois, il faudra attendre la suite pour réaliser l’ampleur du récit. La scène se déroulant au Sénat laisse présager les moments réussis des prochains épisodes qui touchent au contexte politique de l’univers.

Malheureusement, quand le film s’intéresse un peu plus au versant Jedi et Skywalker de son univers, ce n’est pas non plus un home run qu’il réalise. En cause, tout d’abord, l’interprète choisi pour Anakin jeune qui n’impressionne pas vraiment, mais qui est quand même mieux que Hayden Christensen. On a du mal à voir en lui le futur Darth Vader. En soi, l’histoire d’Anakin est plutôt bien traitée, répondant à celle de Luke : un gamin surdoué dans son domaine et qui rêve d’une chose seulement, de partir de Tatooïne. Mais justement, la partie du film sur Tatooïne est vraiment le ventre mou du film. Bien sûr, le film se devait de montrer Anakin avec sa mère, là où il a vécu son enfance. Au final, seule la course de Pods réussit vraiment, démontrant une maîtrise technique assez incroyable de la part des équipes de Lucasfilm. Le sound design, notamment, impressionne, et la mise en scène de Lucas fait bonne utilisation des possibilités supplémentaires offertes par la technologie qui n’existait pas il y a 20 ans. A part cela, on attend vraiment que le temps passe sur Tatooïne. De plus, c’est lors de l’escale du film sur la planète que Lucas dégaine son idée des midi-chloriens, bête tentative de rationalisation de la Force, principe mystique qui élevait Star Wars au rang de mythe parmi les mythes.

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Tant qu’on y est, autant parler du pire : le personnage de Jar-Jar Binks. S’il y a bien un élément de la prélogie qui mérite les critiques émises à son égard, c’est lui. Élément burlesque ajouté par Lucas pour apporter un humour à son univers, Binks se révèle être une vraie catastrophe filmique. Tout d’abord, le design numérique du personnage est vraiment laid (ce qui n’est pas le propre du seul Binks, nous y reviendrons). Ensuite, ce ressort comique n’est finalement jamais drôle, et il devient vite insupportable, polluant chaque scène épique et dramatique en y ajoutant un humour lourd et bas du front. Pire, il amène une facilité scénaristique en sortant de nulle part et en sauvant Obi-Wan et Qui-Gon et en les amenant chez les Gungans. Heureusement, sa présence se réduit dans les volets suivants.

Parmi les points positifs, il faut saluer la production design plutôt réussie. Naboo, notamment, et ses vaisseaux, sont de belles additions à l’univers Star Wars qui ne trahissent pas l’esprit de la trilogie originale. Mais malheureusement, ces bonnes idées sont vite gâchées par un trop plein d’effets numériques qui font que, seulement 20 ans après, le film a vraiment mal vieilli. On doit se l’avouer : The Phantom Menace est bel et bien un film laid. Notamment, les scènes sur Tatooïne et les scènes de bataille sur Naboo font mal aux yeux. Puis, il faut avouer qu’il y a plus stimulant que filmer des conversations entre personnages statiques sur fond vert…

Bien sûr, on ne peut pas ne pas parler de John Williams. La musique qu’il a composé rehausse tout le film d’un cran, jusqu’au climax (presque) final sublimé par son « Duel of the Fates ». Cette scène d’ailleurs, pourrait presque nous faire oublier les gros défauts du film tellement elle est réussie. Portée par trois personnages et notamment un méchant digne de ce nom, Dark Maul, elle est vraiment la cerise sur le gâteau que chaque film Star Wars mérite. D’une puissance émotionnelle folle, ce moment reste dans l’esprit des spectateurs.

Finalement, le film ne gâche pas l’univers de la trilogie originale comme certains fans ont pu l’affirmer. Mais il est impératif de constater de gros défauts, d’ailleurs peut-être dus au trop plein d’ambition de Lucas. En tout cas, la trilogie est lancée. Le personnage de Padme est plein de promesses, notamment dans sa relation avec Anakin. Une impressionnante intrigue politique est esquissée, et même si la poésie de la trilogie originale n’est pas retrouvée, on sent que Lucas a quelque chose à nous raconter.

 

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[INTERVIEW] Maxime Solito à propos de son documentaire Les Cinéphiles

En 2014, Maxime Solito (CaptainMarv sur Twitter) lance un crowdfunding sur KissKissBankBank pour financer Les Cinéphiles, un documentaire sur l’état du cinéma en France et sur les cinéphiles. 3 ans plus tard, à la rentrée 2017, il sort son film en VOD sur Vimeo et en édition limitée en DVD. Il a bien voulu répondre à quelques questions pour le journal cinéma de l’association Cinésept, le 7ème, et je publie ici ces questions en attendant la sortie du journal papier.

A.L. : Salut Maxime. Pour commencer, pourrais-tu te présenter, toi et ton projet ? Notamment la façon dont tu t’es construit ta cinéphilie, ta conscience politique et donc ce qui a mené à ce projet de documentaire ?

M.S. : Je m’appelle Maxime Solito, je suis réalisateur et journaliste. Ma cinéphilie a commencé à l’âge de 2 ans quand j’ai appris comment faire fonctionner un magnétoscope et enregistrer les films à la TV sur VHS. J’ai été très marqué par l’âge d’or des 80s à Hollywood où se sont enchaînes les Star Wars, les Indiana Jones et autres grands films qui ont forgé mon imaginaire.
Inutile de dire que les films français de l’époque et hors exceptions presque tous jusqu’à aujourd’hui n’ont jamais suscité la même passion pour moi. Donc je me suis toujours demandé pourquoi. Puis j’ai voulu faire du cinéma de genre en France. Et j’ai vu l’hécatombe autour de moi. Des murs ont été dresses par les décisionnaires pour empêcher au cinéma français toute diversité possible allant au-delà des comédies, des drames et des comédies dramatiques. Ce n’est pas normal donc j’ai enquêté pour savoir pourquoi. Ça semble évident mais personne n’en parle ou n’ose le dire : notre cinéma est affligeant, médiocre en forme et en fond et offrant toujours les mêmes chances aux mêmes personnes dans un entre-soi qui gangrène la création. Nous sommes devenus culturellement un des pays les plus repliés sur soi au monde et le cinéma en souffre chaque mercredi en salles.
Ce n’est pas tant ma conscience politique qui a mené le projet que le sentiment d’injustice. Exemple : si je voulais faire un film de super-héros français, on m’en empêcherait. En Italie je pourrais, en Allemagne aussi, même en Russie et en Angleterre et en Espagne ce serait le paradis. En France ? Impossible. Donc je ne peux pas faire ce que j’aimerais faire et voir. Donc si je ne peux pas faire ce film ou les 500 autres idées du même goût que j’ai en tête, il faut expliquer aux gens pourquoi. Il faut se poser la question et essayer de trouver la réponse. Les Cinéphiles existe parce que les films de genre qui existent ailleurs ne peuvent pas naître ici.
C’est une volonté d’éduquer les gens, de faire comprendre les problématiques du ciné français et faire comprendre pourquoi les gens comme moi détestent ce qu’il est devenu. C’est un manifeste argumenté plus qu’un documentaire. C’est une façon de dire « voilà ce qui nous emmerde » comme quand Truffaut dénonçait le cinéma français de merde dans les années 50 avant de lancer avec ses copains la Nouvelle Vague. Il faut mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Du coup, une fois que cette idée d’un manifeste t’es venue, comment as-tu monté ton projet ? Comment l’as-tu écrit, comment as-tu choisi tes intervenants, de le faire financer via une plateforme de financement participatif (KissKissBankBank) ?

Un an d’écriture et à chercher des intervenants assez diversifiés. Dans ce type de docu on ne voit que des hommes blancs, toujours les mêmes et pour défendre les mêmes idées. Qui dit diversité du cinéma dit diversité des personnes, d’où l’inclusion de personnes non-blanches, ou lesbiennes ou plus de femmes en général.
Pour l’écriture, j’avais mes thèmes, dont j’ai cerné les questions selon les intervenants pour que les réponses puissent dialoguer entre elles plutôt que de passer par la voix-off, dans la mesure du possible.
Pour le financement, j’ai essayé quelques boites de production mais personne n’a voulu soutenir un film qui allait s’attaquer au CNC et au milieu en général. D’où le recours à un financement participatif, qui a été un succès, et permis de commencer à faire parler du film (ce qui a aussitôt déclenché la polémique et la haine de certains journalistes qui ont tout à perdre qu’on remette en cause le système qu’ils parasitent depuis des décennies).

Quelles ont été tes influences formelles pour la réalisation et le montage du documentaire ?

Plusieurs influences : Guy Debord pour la pensée, Yannick Dahan et Rafik Djoumi pour l’articulation du propos, Hazanavicius et Oliver Stone pour le style et le film Room 237 comme matrice du traitement. L’idée était de se rapprocher le plus possible d’une idée de « la pensée filmée » grâce aux citations plutôt qu’un reportage trop en retrait sur les faits. J’assume ce côté engagé : ce film est ma vision, mon sentiment sur ce bordel, avec mes arguments, basé sur des vrais chiffres.

Comment expliques-tu que la France peine à exploiter ses grands auteurs populaires comme Jules Verne ? De même, comment vois-tu le cinéma français populaire pré-Nouvelle Vague ?

Les producteurs craignent Jules Verne et compagnie. Un film de genre, ça coûte cher et comme les rares qu’on fait sont mal faits et mal vendus, ils ne rapportent pas. Un échec seul peut faire couler plusieurs sociétés de production. L’échec d’un Valerian est encore pire : il interdit à tous les autres types de budget de SF de se concrétiser pour les prochaines années en France. Si une comédie foire, 50 autres prennent le relais. Un drame foire ? Pas grave, ça coûte rien et ça fait la vitrine aux festivals. Un film de genre foire ? Tout le genre est remis en cause. C’est la preuve d’une justice a 2 vitesses dans la production française.
Ce que j’aime dans le cinéma français pré-Nouvelle Vague, c’est que même si on retrouvait le même type de films qu’aujourd’hui (comédies/drames/polars) il y avait aussi une grande place donnée au fantastique, à l’horreur et donc à l’imaginaire. C’est ce cinéma là qui a été effacé de l’inconscient collectif alors qu’il fait autant partie de notre patrimoine que Fernandel et Raimu.

Pourrais-tu me parler de 2 ou 3 cinéastes français modernes que tu apprécies, et expliquer pourquoi ?

Ils sont très rares ceux que j’apprécie aujourd’hui et même dans ceux-là je ne trouve pas toujours tout réussi. Je note quand même Christophe Gans qui est un gâchis épouvantable à ne rien faire quand il pourrait sortir un miracle tous les 2-3 ans, Kassovitz dont j’ai adoré LOrdre et la Morale, Hazanavicius parce qu’il bosse totalement à la marge du système français actuel, Céline Sciamma qui est dans mon film parce que sa filmo respire une parfaite maîtrise du cinéma de genre et l’intègre naturellement à sa narration. Et il y a aussi Julia Ducourneau qui a fait Grave, l’exemple même de film dont on a cruellement besoin. Ça ne fait pas beaucoup mais parce que tous les autres de bons pour moi se sont barrés, sont morts ou on les empêche de réaliser leur projets.

Peux-tu commenter un peu la réception de ton film, sur Twitter notamment et également chez les journalistes cinéma ?

Le film n’a à ma connaissance reçu que des éloges lors de la projection et des gens qui l’ont vu en VOD ou DVD. J’ai été très encouragé et félicité. Plein de gens m’ont dit qu’ils n’avaient pas conscience de l’ampleur du problème jusque là mais que le film leur a ouvert les yeux sur la gravité et la complexité du sujet.
Pour ce qui est des journalistes, j’ai été insulté et méprisé par une bonne partie d’illuminés qui ont cru que le film parlait de la critique française (ce qui n’est pas le cas) et qui ont par conséquent boycotté le film. Pour rappel ce sont des gens qui dirigent des magazines de cinéma en France ou y travaillent et qui défendent depuis des décennies les pires agresseurs sexuels du cinéma et les ordures dans l’illégalité comme Polanski, Kechiche et j’en passe. Je me suis fait remarquer auprès d’eux en osant remettre en question le traitement média de ces 2 réals, totalement protégés et défendus par une certaine presse qui a des squelettes dans le placard et qui a tout intérêt à ce que rien ne change. Ils sont faciles à reconnaître, c’est ceux qui font semblant de ne rien voir quand 10 femmes ont accusé Polanski de viol mais qui s’en donnent à cœur joie quand il s’agit de Weinstein. Pour couronner le tout, l’un d’entre eux a été accusé de harcèlement par plusieurs femmes. Je crois ne pas avoir besoin de leur validation et le fait qu’ils me détestent me conforte dans l’idée que je ne suis pas dans le camp des bourreaux.

Enfin, quels projets as-tu en tête pour le futur, que ce soit au niveau du documentaire ou de la fiction ?

Mon film a été remarqué par une boite de prod qui me lance actuellement sur plusieurs projets… mais c’est top secret ! C’est pour la télé, ça sera diffusé courant 2018 et logiquement d’autres devraient suivre. Je veux continuer à parler de cinéma, j’ai des projets de docu et de fiction qui en traitent, sur des choses très variés, des réalisateurs et des films très connus. J’aimerais aussi faire un vrai film de genre un jour, mais si un autre pays avant la France m’en donne les moyens, je partirais sans regret. J’ai écrit un traitement pour un film à la body snatchers dans un contexte de révolte sociale en France. Les héros sont des manifestants militants d’extrême-gauche, et les aliens ont pris la place des médias et des pouvoirs politiques. Les flics ont été remplacés par des sortes de zombies qui tirent à vue sur les manifestants. L’histoire raconte comment des gens essaient de survivre dans ce contexte, poursuivis par un de ces CRS immense, d’apparence invincible et défiguré par de nombreuses batailles et que les manifestants ont baptisé « le capitaine ACAB ». Ce serait drôle, plein d’action, avec un regard lucide sur notre société, de la SF et surtout divertissant. Bizarrement, je vois mal la France investir dedans…

Dunkerque : inatteignable patrie

Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.

[Petite précision : J’ai pu découvrir le film en IMAX, dans le format d’image voulu par Christopher Nolan, le 1,43:1]

Christopher Nolan a souvent – que ce soit lors du climax d’Inception, par la structure de Memento ou par le scénario d’Interstellar – eu la volonté de jouer avec le temps, de le déformer, de le dilater, de le raccourcir. Dunkerque s’attaque donc à un événement plutôt connu de la 2nde Guerre Mondiale. Alors qu’un réalisateur lambda nous aurait peut-être livré un film de bonne facture, Nolan, pour sa part, utilise l’histoire de l’évacuation des troupes alliées de la plage de Dunkerque pour continuer ses expérimentations formelles sur le temps. Organisant son histoire autour de 3 temporalités (1 semaine sur terre, 1 jour sur mer, 1 heure dans les airs), Nolan envisage son film comme un film de guerre, évidemment, mais également (et peut-être davantage) comme un survival. Peu de combats sont à dénombrer finalement dans ce film de guerre, et, chose rare, on ne voit presque pas l’ennemi allemand. Le scénario met plutôt l’emphase sur l’incroyable épreuve que les soldats bloqués sur la plage de Dunkerque doivent surmonter pour peut-être pouvoir revenir chez eux. Au fond, Dunkerque nous raconte l’histoire de soldats bloqués dans le purgatoire, d’où ils peuvent apercevoir leur Patrie (Dieu) mais pas l’atteindre. Ainsi, lors de plusieurs dialogues, les soldats et officiers évoquent leur Patrie qu’on peut presque voir depuis la plage de Dunkerque. On peut presque la voir, mais l’atteindre semble impossible.

La situation des soldats bloqués là où ils ne veulent pas être étant par nature viscérale et complètement limpide aux yeux des spectateurs, Nolan n’a même pas besoin de forcer la symbolique plus que de raison,. Le film part de cette base narrative et thématique et ajoute tous les ingrédients nécessaires pour faire monter la tension : musique de Hans Zimmer insistant sur le temps qui passe et qui s’enfuit, montage alterné qui jongle entre plusieurs temporalités, filmage qui colle à la peau des personnages et même à la carrosserie des bateaux et avions présents sur le champ de bataille. Le format 1,43:1 accentue cette immersion et nous permet de voir « plus », ou en tout cas de voir comme un soldat présent sur place verrait. C’est pour nous mettre dans la peau des soldats alliés que Nolan ne montre jamais (ou presque) les soldats allemands, et c’est également pour ne pas briser l’immersion qu’on ne voit jamais de flash-backs nous montrant la vie des personnages avant la guerre. L’identification émotionnelle passe d’une autre façon. Elle passe par le personnage de Cillian Murphy qui refuse absolument de retourner à Dunkerque, par la scène qui se déroule dans le bateau échoué et où l’on se demande si on doit sacrifier une personne pour survivre, par la scène (vue de deux points de vue différents, à deux moments différents du film) où un pilote anglais dont l’avion a été touché amerrit et reste bloqué dans le cockpit alors que ce dernier prend l’eau. L’émotion passe par l’action, par les actes de survie, les réflexes humains dont font preuve les personnages, au détriment parfois de la rationalité. Dans les précédents films de Nolan, les personnages (Batman, Cooper dans Interstellar, Cobb dans Inception…) étaient, parfois en grande partie, définis et motivés par leur passé, et le cinéaste nous communiquait cela par des flash-backs. Ici, c’est le présent qui compte. Comme dans The Dark Knight Rises et dans Interstellar, c’est l’instinct de survie qui guide les personnages de Dunkerque.  Une simple interrogation pèse sur les personnages : vais-je m’en sortir, ou non ?

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On comprend les influences citées par Nolan pour Dunkerque, notamment celles des films muets. Nombre de séquences sont presque muettes, construites entièrement par la mise en scène et le montage. Bien sûr, certains dialogues explicatifs sont nécessaires pour comprendre les enjeux. Mais les interactions entre les personnages reposent sur leurs actions, pas sur leurs paroles. C’est là où le film est viscéral. La caméra est toujours en mouvement, on alterne en permanence entre les différentes temporalités, ces dernières s’entrecroisent et on retrouve les personnages à plusieurs moments différents, jusqu’à ce dernier tiers magistral où tout se recoupe. Il faut vraiment insister sur l’énorme exploit de cette fin de film qui récompense tous les efforts fournis pendant les scènes précédentes, et où terre, mer et airs se rejoignent pour aboutir à une chose : la victoire. Certes, comme l’a dit Churchill, c’est une énorme défaite militaire. Mais en soi, la survie individuelle de chaque soldat, et surtout de la majorité des 400 000 soldats bloqués à Dunkerque, est une victoire (« Survival is victory », comme le scandaient certaines affiches promotionnelles). Qu’est-ce que la survie pourrait être d’autre ? Quand les soldats rentrent en Angleterre, ils craignent un accueil hostile de leurs compatriotes. Mais c’est tout l’inverse qui se déroule : ils sont accueillis en héros simplement parce qu’ils ont survécu.

Le cinéaste britannique réussit donc son pari de réaliser un grand film de guerre sur le mode d’un survival movie où la déformation du temps aurait une place prépondérante. Encore une fois, il faut saluer le brio du scénario et du montage qui permettent à la structure d’être inédite et de, en même temps, tenir la route. Il ne faut cependant pas oublier l’incroyable casting qui incarne les espoirs et épreuves des soldats, qu’il soit composé de têtes connues (l’impérial Kenneth Brannagh, le désespéré Cillian Murphy, le masqué Tom Hardy, l’incroyable Mark Rylance) ou de débutants tels que Fionn Whitehead (le personnage principal ?), Tom Glynn Carney ou encore Harry Styles (oui, l’ex-membre des One Direction). C’est presque un sans-faute donc, même si ce n’est pas du tout le meilleur film de Christopher Nolan. En tout cas, il faut saluer l’ambition qu’il déploie sur plusieurs niveaux : le tournage en IMAX 70mm, l’utilisation d’effets spéciaux physiques et de bateaux et avions datant de la 2nde Guerre Mondiale, la structure du film presque expérimentale. A l’heure des reboots et franchises vides de sens que nous propose Hollywood, on est rassuré de pouvoir compter sur une poignée de réalisateurs capables d’allier grand spectacle et ambition.

[BILAN 2016] Les meilleurs films de l’année

Nous sommes fin décembre, c’est les fêtes, tous les cinéphiles dégainent leur habituel top de fin d’année, et vu que je suis original, je vais faire de même. Effectivement, j’ai vu le dernier film que je voulais voir pour mon top récemment et je peux donc officiellement nommer mes 20 films préférés de l’année. C’est parti.

20. Pete’s Dragon de David Lowerypetesdragon-flyingatsunset.jpeg

Je dois quand même signaler ma réaction dubitative lors de l’annonce du projet « hein, un remake de Pete’s Dragon, mais non ?! ». Ce n’est qu’à la vision des premières images du film et après les premiers retours américains que je me suis laissé convaincre. Oui, Pete’s Dragon de David Lowery est un beau film. Un vrai beau film, dans la lignée des autres beaux films d’amitié entre un enfant et un être non-humain et que son réalisateur insuffle de poésie. Grande surprise.

19. Busanhaeng de Yeon Sang-ho

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Chouchou estival d’une partie des cinéphiles déçus par les blockbusters de la période, Busanhaeng est un excellent film. Un excellent film de zombies, mais également un excellent film tout court. Le réalisateur réussit à mêler développement de ses personnages et tension horrifique attendue par les fans du genre. J’insiste sur les personnages : c’est une belle galerie de portraits que nous peint le film, bien qu’un peu maladroite. Indispensable pour les fans de zombies.

18. Sausage Party de Conrad Vernon et Greg Tiernansausage-party-dom-spfp-101_rgb.jpg

Des saucisses qui parlent à des pains à hot-dog pour les draguer ? Hein ? Le pire, c’est que ça marche. Le film développe un univers à la Toy Story mais ici complètement pervers pour servir un propos sur la religion et sur le sexe. Une folie comme on en fait peu. Rien que pour la « polémique » autour du film en France, ça valait le coup. Merci les gars.

17. Frantz de François Ozonfrantz-francois-ozon.jpg

En voyant la bande-annonce du film, avec son allemand parlé et son noir et blanc, on pourrait croire à un film très austère. Mais Frantz est en fait un mélodrame poignant qui s’assume pleinement. Sur fond de 1ère Guerre Mondiale, regrets et deuil emplissent ce beau film français. Pierre Niney et Paul Beer y sont fabuleux.

16. The Witch de Robert Eggersthe-witch-anya-taylor-joy.jpg

Rarement vu autant d’assurance pour un premier film. En plus, Eggers a la finesse de ne pas tomber dans les travers du genre horrifique qui ne m’est pas particulièrement cher. Ici, Nouvelle-Angleterre et religion sont au rendez-vous pour un cocktail particulièrement terrifiant. Une leçon de mise en scène.

15. Creed de Ryan Cooglercreed-michael-b-jordan-sylvester-stallone-3.jpg

Beau passage de flambeau qu’opère là Ryan Coogler. Le mythe Rocky vit à travers le personnage d’Adonis superbement incarné par Michael B. Jordan, grâce à la mise en scène moderne et intelligente du réalisateur. Belle surprise.

14. The BFG de Steven SpielbergTHUMBNAIL-BFG-Trailer-2.jpg

Un Spielberg mineur vaut toujours mieux que la plupart des films vus cette année. Si l’on passe outre le scénario peu passionnant et l’humour infantile, The BFG se révèle être un film tout à fait correct. Déjà, il faut saluer l’utilisation judicieuse et tout bonnement impressionnante de la technologie de performance capture. Le tout, associé à une réalisation toujours dynamique et intéressante, nous procure de belles émotions.

13. Snowden d’Oliver Stonesnowden-joseph-gordon-levitt-7eeb0d-0@1x.jpg

Espérer voir un film aussi fougueux et maîtrisé que JFK en allant voir Snowden, c’est dommage. Parce que le Stone d’il y a 25 ans n’est pas celui d’aujourd’hui. Bizaremment, on aurait pu croire qu’il ait pris du recul pendant ces années, mais Snowden paraît plus brut et moins maîtrisé que JFK. Le film est complètement galvanisant, et Stone sait où il veut en venir, mais ce qui aurait pu être un excellent film restera simplement un bon film, à cause de quelques malheureuses fautes de goût.

12. Carol de Todd Haynescarol-movie-poster-cate-blanchett-rooney-mara-5.jpg

Un peu déçu du fait des critiques assez unanimes sur le film, mais j’ai quand même beaucoup aimé. Haynes peint une magnifique histoire d’amour dans le New York des années 50. Tout en calme et en finesse, la mise en scène fait mouche. Beau film.

11. Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier599314.jpg

Je ne connais pas vraiment le cinéma français, ni celui de Tavernier, mais le documentaire m’a largement donné envie de découvrir les 2. La passion avec laquelle il parle ne peut qu’attirer mon attention. J’ai eu de la chance d’assister à une séance de questions-réponses en sa présence, ce qui m’a permis d’approfondir le propos du documentaire. Décidément, j’ai des choses à découvrir.

10. Allied de Robert Zemeckisallied_-_brad_pitt_-_marion_cotillard_-_still_-_h_-_2016_0.jpg

Encore une fois, Zemeckis s’attaque à un genre cinématographique différent. Et c’est, encore une fois, un succès. Affichant son souhait de rendre hommage aux films de l’âge d’or des studios hollywoodiens, il exploite très bien son couple glamour dans une intrigue qui mêle espionnage et guerre mondiale pour parler de confiance et d’amour. Très fort.

9. Moana de John Musker et Ron ClementsTHUMBNAIL-Moana.jpg

Ce nouvel opus des studios Disney ne réinvente pas le genre en question mais adapte de la plus belle des manière la typique épopée campbellienne au décor tropical. Musker et Clements, duo star de la maison, font preuve de virtuosité et réjouissent avec ce beau film d’émancipation. Pas une surprise, mais une confirmation.

8. Divines de Houda Benyamina

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Divines est un récit d’émancipation (tiens, comme le précédent film de la liste). Une émancipation qui finit mal, certes, mais qui commence sur les chapeaux de roues. Benyamina impressionne pour son premier film. Elle utilise vraiment bien la plupart des outils cinématographiques qui lui sont offerts pour conter l’histoire de Dounia. Cela peut paraître maladroit par moments, mais au moins, c’est spontané. Puis arrive la conclusion. La conclusion qu’on attend pas vraiment, et qui, finalement, fait sens. Et on ressort lessivés de la salle.

7. Steve Jobs de Danny Boylemacgpic-1454428642-230960887623463-sc1-jpt.jpg

Impressionnant film que ce Steve Jobs. On aurait pu assister à un biopic vieillot sur un personnage fraîchement mythifié, mais non. Sorkin réussit à sortir le film de ce carcan de film convenu et à nous imposer une vraie vision, un film en 3 actes : un triptyque. Une trilogie, en quelque sorte, qui se déroule dans les coulisses de 3 lancements de produits et qui nous dévoile toute la force créative qui animait Steve Jobs, et qui anime – par extension – les faiseurs de cinéma.

6. Hunt for the Wilderpeople de Taika Waititihunt-for-the-wilderpeople.jpg

Si je vous dis film néo-zélandais, présenté à Sundance et où joue Sam Neill, vous me répondez ? Bah Hunt for the Wilderpeople. Le futur réalisateur de Thor Ragnarok fait ici ces preuves de la plus belle des manières. Voilà enfin le film spielbergien qu’on attendait cette année (et qui n’est donc pas Midnight Special). Intelligence du scénario qui évoque l’évasion, les difficultés de la relation père-fils ou encore l’amitié et hyper dynamisme d’une mise en scène audacieuse, Taika Waititi impressionne. Rarement un film aussi bon aura aussi peu fait parler de lui. A quand une sortie en France ?

5. The Nice Guys de Shane Blackryan-gosling-russell-crowe-the-nice-guys-movie-image-2.jpg

Déjà, il faut louer les talents comiques jusqu’alors insoupçonnés de Ryan Gosling : il devrait jouer des personnages comiques exclusivement. Ensuite, il faut rendre à César ce qui est à César : Shane Black est un auteur de génie, qui a réussi à surpasser son génial Kiss Kiss Bang Bang avec The Nice Guys. Il est maître dans l’art de nous faire éprouver des sentiments pour des personnages un peu bêtes et assez mauvais, au fond. Il excelle également dans l’humour (j’ai passé la plupart du film à rigoler), sans que cela n’entache la gravité dramatique du film ou son propos. The Nice Guys est un petit bijou de Cinéma comme on en voit rarement. Merci M. Black.

4. Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwardsrogue-one-jyn-ersa-geared-up.jpg

Première excursion dans l’univers des spin-offs Star Wars réussie pour Disney. Le pari de livrer un vrai film de guerre dans cet univers si aimé était d’emblée intéressant mais également risqué. Finalement, Edwards s’en sort admirablement bien. Même si certains personnages sont un peu ratés, les hauts du film rehaussent le tout. On notera bien sûr le dernier acte du film, pouvant se revendiquer des meilleurs scènes d’action de la saga.

3. Mademoiselle de Park Chan-wookTHE-HANDMAIDEN-STILL-3-0-2000-0-1125-crop.jpg

Je ne suis pas fan de PCW, mais je m’avoue battu. Formidable jeu de tromperies, avec différents points de vue et récit non-linéaire, Mademoiselle bénéficie de la mise en scène sublime de son réalisateur. Formidablement érotique et cruel, le film surprend et laisse K.O. le spectateur. Excellent.

2. Arrival de Denis Villeneuve

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La première rencontre entre les humains et une espèce alien, maraude complètement usée au cinéma ? Pas vraiment. Villeneuve se place sous l’angle de la linguistique et entreprend un formidable récit de ce que pourraient être nos premiers contacts avec une vie extraterrestre. Le point fort se trouve dans le renversement individuel de l’intrigue, liant l’Histoire à l’histoire. Magnifique.

1. The Hateful Eight de Quentin TarantinoHateful-Eight-Bichir-02.jpg

Les haters vont hater, comme on dit. Tarantino pousse ici ses tiques d’écriture et de réalisation jusqu’à l’usure et parvient quand même à nous garder en haleine pendant les 2h45 du film. Un chef-d’œuvre instantanément culte.

Le top en résumé :

  1. The Hateful Eight
  2. Arrival
  3. Mademoiselle
  4. Rogue One : A Star Wars Story
  5. The Nice Guys
  6. Hunt for the Wilderpeople
  7. Steve Jobs
  8. Divines
  9. Moana
  10. Allied
  11. Voyage à travers le cinéma français
  12. Carol
  13. Snowden
  14. The BFG
  15. Creed
  16. The Witch
  17. Frantz
  18. Sausage Party
  19. Busanhaeng
  20. Pete’s Dragon

Lorenzo’s Oil : un combat de tous les instants

En 1991, 4 ans après la sortie de son dernier film, The Witches of Eastwick, Miller commence le tournage de Lorenzo’s Oil. 6 ans se sont écoulés depuis la fin de sa trilogie Mad Max. Il est temps pour Miller de passer à autre chose. De passer à autre chose en réalisant un film sur la médecine, alors que Miller était médecin avant de devenir réalisateur.

Lorenzo’s Oil, donc, est tiré d’une histoire vraie. L’histoire d’un petit garçon, Lorenzo, qui est atteint de l’adrénoleucodystrophie (ALD), une maladie qui se transmet génétiquement et qui, sans traitement, aboutit inévitablement à la mort du malade. En fait, plutôt que l’histoire de Lorenzo, ce film raconte l’histoire du combat de ses parents contre la maladie. La mère est jouée par Susan Sarandon, qui livre ici une prestation magistrale et dont je me rappellerai pendant longtemps. Le père, quant à lui, est interprété par Nick Nolte qui joue très bien mais dont l’accent italien m’a quelque peu dérangé.

Quand j’ai lancé le film, j’avais peur d’assister au déroulement d’un drame mièvre au pathos handicapant, digne d’un téléfilm de mauvaise qualité. Mais non, George Miller ne m’a pas décu. En effet, bien qu’il laisse la part belle aux émotions, Miller filme ce drame familial comme il pourrait filmer un film de guerre ou un thriller. Cuts brutaux, travellings avant rapides ou encore plans penchés et étourdissants : la caméra se caractérise ici par son dynamisme. Le film se fait vraiment ressentir comme une course contre la montre, où chaque avancée est essentielle, et où chaque petit accrochage est fatidique. L’ennui n’est pas de la partie.

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L’essentiel de l’intrigue se déroule dans la maison des Odone, mais cela n’empêche pas Miller de déployer une technique virtuose du début à la fin du film. Une technique qui lui permet de nous expliquer clairement les enjeux, quand bien même nous ne connaissions rien à la médecine (très bonne idée ici de représenter le cerveau comme un évier à travers un schéma). Le génie de Miller nous livre de grands moments de Cinéma et de très bons plans. Celui que je voudrais retenir, pour montrer l’importance de la narration visuelle, est assez banal en apparence : une main attrape une tomate sur les étales d’un vendeur et cette main se révèle être celle du père de Lorenzo, Augusto. Pour le spectateur attentif, tout de suite, nous savons où il se trouve. En effet, au début du film, Lorenzo, au détour d’un dialogue, explique que son père (d’origine italienne, donc) se plaît aux Etats-Unis mais qu’il regrette les tomates d’Italie. Ainsi, grâce à ce plan, qui n’a pas été mis ici au hasard par Miller, nous comprenons tout de suite que le père se trouve en Italie. De même, l’idée d’ouvrir le film aux Commores sur des scènes empreintes de spiritualité annoncent parfaitement la foi dont feront preuve les parents à travers les épreuves que leur réserve la maladie de leur enfant. D’ailleurs, l’un des plus beaux moments du film est procuré par l’arrivée à Washington de l’ami comorien de Lorenzo. Lorsqu’il voit pour la première fois Lorenzo malade, Omouri entonne spontanément un chant swahili. Ce moment mystique fait écho à la scène où les parents de Lorenzo lui content l’histoire de San Lorenzo tout en regardant les étoiles dans le ciel noir.

George Miller apparaît ici désabusé face au métier qu’il pratiquait avant d’être réalisateur. La médecine nous est montrée comme une science sclérosée par ses institutions qui ne vont pas assez vite pour Lorenzo et par l’économie de marché qui empêche le développement d’un remède parce qu’il ne serait pas assez rentable. Miller, à deux reprises, critique le manque de moyen de la médecine : le docteur Nikolais invoque les « Reaganomics » qui fait que le symposium sur l’ALD ne peut être financé, puis un médecin qui pense avoir trouvé une solution rechigne à le tester car il sait qu’il ne pourra être financé, faute de rentabilité. De même, Miller critique l’institution même de la médecine. Ici, les médecins et chercheurs en médecine ne sont pas présentés comme des dieux, mais au contraire comme des personnes en retard, qui sont obligés de respecter les protocoles et qui ont du mal à accepter que la solution puisse venir d’autre part. Cette solution vient avant tout des parents de Lorenzo qui n’ont pas abandonné tout espoir en la médecine en tant que science et qui croient aux recherches qu’ils mènent, même si cela leur coûtera du temps (qu’ils pourraient passer au près de leur fils) et de l’argent. Dans Lorenzo’s Oil, en somme, les institutions sont là pour faire accepter aux parents une mort certaine, alors que les parents, eux, cherchent l’espoir partout où ils le trouveront et ne résigneront pas. La maison familiale est caractérisée par des couleurs chaudes (bien que l’on assiste en son sein aux crises régulières qu’endure Lorenzo) alors que l’hôpital, lieu de mort, est froid et monochrome.

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George Miller apporte de l’émotion de manière généreuse mais sobre également, en maîtrisant de bout en bout son sujet et son propos. Sobre car il ne filme pas les souffrances de Lorenzo de manière exagérée, ces dernières ont même plutôt lieu en hors-champ. Généreux car, au bout du compte, on a du mal à retenir ses larmes en assistant aux épreuves que traversent cette famille. On ressort du film lessivé comme si on avait vu un Mad Max. Quel dommage que ce film soit coincé dans la filmographie entre des films presque unanimement acclamés (Mad Max) et des films pour enfants (Babe 2 et les deux Happy Feet), alors qu’il a sa place parmi le haut du panier de la carrière du réalisateur. Même parmi le très haut.

The Insider : l’homme qui en savait trop

[Il est fortement conseillé d’avoir vu le film avant de lire cette critique.]

En 1999, quand sort The Insider aux États-Unis, Michael Mann est principalement connu pour son chef-d’œuvre de 1995, Heat. Ce film avait déjà pour acteur principal le génial Al Pacino, qui prête ici ses traits à Lowell Bergman, producteur de l’émission télévisée d’investigation 60 Minutes. Russell Crowe joue à ses côtés Jeff Wigand, un ancien employé d’une des 7 plus grandes entreprises productrices de tabac aux États-Unis, qui a des secrets à révéler (d’où le titre en VF du film, Révélations) sur l’industrie dans laquelle il travaillait. Ces deux personnages se définissent par l’utilité que leur apporte l’autre: Jeff a besoin de Lowell pour faire éclater le scandale au grand jour, et Lowell a besoin du témoignage de Jeff pour son émission. Ici, contrairement à certains films de Mann comme Public Enemies ou Heat, les deux personnages principaux ne s’opposent pas et n’ont pas des intérêts différents.

Michael Mann, par son brio auquel nous sommes désormais habitué, réussit à transcender le genre du film journalistique et à apposer sa patte stylistique. Ici, pas de réalisation académique : tout est sensuel, en couleurs (souvent des teintes de bleu) et jamais bâclé. Par exemple, pour introduire le personnage de Lowell Bergman, Mann ne se contente pas de le montrer en cours de n’importe quelle interview : il nous amène au Liban où Lowell et Mike Wallace (le présentateur de l’émission) rencontrent le leader du Hezbollah. Cette scène sert à nous présenter le caractère de Lowell (et de l’équipe de 60 Minutes, par extension), qui ne recule devant rien pour faire son boulot de journaliste et amener la vérité au public. Jeff Wigand, lui, nous est présenté d’une manière bien moins glorieuse. En effet, nous le voyons quitter son lieu de travail et rentrer chez lui, où il annonce à sa femme son licenciement. Sa reconstruction en tant que personnage fort et déterminé se fera donc à l’aide de Lowell, qui lui donnera le « push » nécessaire pour qu’il se décide à témoigner.

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Justement, le film est construit sur une multitude de questions qui donnent lieu à un suspens assez puissant. Est-ce que Jeff témoignera ? Est-ce que CBS donnera l’autorisation pour diffuser l’émission ? Est-ce que Jeff ira en prison ? Est-ce que Lowell perdra son poste ? Ces questions ne sont pas traitées de manière banale par Mann, qui se donne à cœur joie pour les stylisations les plus radicales et les plus expérimentales que le cinéma peut offrir, comme il le fait si bien (je pense à Miami Vice et à Blackhat). Plans avec caméra à l’épaule pour accentuer la force émotionnelle d’une scène, reflets, purs moments contemplatifs et montage accéléré ou décéléré: Mann maitrise complètement son sujet. Encore une fois, il filme la ville, ici New-York, comme si elle était sienne, il s’approprie l’environnement urbain et le transforme, comme il a fait avec Los Angeles dans Collateral ou Miami dans Miami Vice. Michael Mann ne fait pas seulement du Cinéma, il est également un grand poète, et accomplit l’exploit de nous exposer clairement les tenants et les aboutissants de l’intrigue en même temps.

La réalisation de Mann est épaulée par un scénario en béton, pour lequel nous pouvons remercier Eric Roth, auquel Mann a fait appel. Ce scénario est enrichi par une recherche impressionnante faite sur le sujet par Michael Mann, qui a accumulé des dépositions, des articles, des émissions et des informations sur 60 Minutes. Bien sûr, comme indiqué lors du générique de fin, certaines libertés ont été prises avec la réalité pour dramatiser le film, et c’est justement ce qui fait la force des grands films : manier la réalité pour servir le propos du film. Mais le scénario est tellement bien mené que nous sortons du film avec l’impression d’avoir compris tous les enjeux et toutes les conflictualités des personnages impliqués.

Le propos du film, justement, venons-en. Michael Mann apparaît ici comme un citoyen militant, qui utilise le budget de 68 millions de dollars qui lui a été alloué, pour démontrer par A+B que l’industrie du tabac est immorale. Il montre deux hommes, Jeff et Lowell, qui se lancent dans un combat contre l’industrie du tabac : c’est l’histoire de David et Goliath. Non seulement, nous dit Mann, l’industrie du tabac tue des millions de personnes par an et nous ment sur les dangers de ce qu’elle vend, mais en plus, elle essaie d’anéantir n’importe quelle tentative de rétablir la vérité. Jeff est menacé physiquement (le mail sur l’ordinateur familial et la balle dans sa boîte aux lettres) et juridiquement, et 60 Minutes est empêché de diffuser son interview. Le plan le plus fort du film, qui revient le plus souvent, n’est pas un plan tourné par Michael Mann : c’est celui des patrons des 7 entreprises de l’industrie du tabac les plus importantes qui déclarent, sous serment, que les cigarettes qu’ils produisent ne sont pas addictives. Grâce à la répétition de cette image marquante, Mann résume tout ce qu’il veut dire: ces hommes sont des menteurs.

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Étant donné que j’ai eu un coup de cœur immense pour ce film et qu’il est apparemment le film le moins connu de Michael Mann, j’ai eu envie de rendre à César ce qui est à César et louer les qualités de ce chef-d’œuvre plastique et narratif, qui restera mon film préféré du Monsieur, aux côtés de Heat et Miami Vice. Mann réussit l’exploit d’adapter un sujet difficile et de donner une dimension presque mythologique, ou en tout cas épique, au combat qu’ont mené ces deux hommes à l’éthique imperturbable.

Star Wars: Episode VII – Le Réveil de ma Passion pour la Saga

[Attention, cet article contiendra de nombreux spoilers importants sur l’intrigue du film. Si vous ne l’avez pas encore vu, il est déconseillé de le lire.]

Ça y est. On y est. Le film le plus attendu de l’année… Que dis-je ? De la décennie (voire de tous les temps) est sorti sur nos écrans français, en ce beau jour du 16 décembre 2015. Dire que j’avais hâte de voir Le Réveil de la Force est un petit euphémisme, dans le sens où Star Wars est ma saga préférée depuis que je suis tout petit. Dans le sens où les bandes-annonces m’avaient mis les larmes aux yeux. Dans le sens où tout les fans de la trilogie originale ont essayé d’imaginer, au moins une fois dans leur vie, la suite des aventures de Luke, Leia et Han et de leurs enfants. Tout était donc réuni pour que Le Réveil de la Force devienne le plus grand succès du Cinéma en terme d’entrées (ce qu’il est bien parti pour réaliser). Vous l’aurez compris, les attentes vis à vis du film étaient énormes, et la pression était double: les fans déçus par la prélogie devaient êtres rassurés par le film, et les nouveaux arrivants devaient être séduits par ce film même s’ils ne connaissaient pas l’univers l’entourant.

Mais assez parlé des attentes par rapport au film et de leur justification, parlons plutôt du résultat. Pour moi, cet Episode VII est une réussite presque totale. En fait, il me fait tellement du bien, en tant que fan de Star Wars, que je pourrais presque en oublier les défauts. Mais restons clairvoyant et objectif.

Des défauts, Le Réveil de la Force en a. Tout d’abord, il a été souvent souligné parmi tous les avis que j’ai lu, que le film s’inspire un peu trop de l’intrigue et d’éléments d’Un Nouvel Espoir et de L’Empire Contre-Attaque. Et c’est vrai. L’un des éléments les plus flagrants est le suivant: on a, dans ce nouvel opus, le personnage de Poe Dameron (Oscar Isaac) qui confie une carte très importante, sorte de MacGuffin, à un droïde. Cela renvoie au début de l’Episode IV, avec la Princesse Leia qui confie un message important à R2-D2. Egalement, nous avons dans Le Réveil de la Force une nouvelle Etoile Noire (oui, encore) avec encore, en guise de conclusion de film, la destruction de cette nouvelle Etoile Noire (comme dans l’Episode IV et dans l’Episode VI). Manque d’inventivité et limitation des prises de risques, ou volonté de repartir sur des bases saines et familières pour cette nouvelle trilogie ? Pour ma part, je pense que c’est un peu des deux. Oui, clairement, le manque d’inventivité est l’un des problèmes du film. Par exemple, nous avons 3 nouvelles planètes, mais qui sont assez similaires à celles des précédents films: Jakku, qui ressemble à Tatooine; la base Starkiller qui ressemble aux précédentes Etoiles Noires ainsi qu’à Hoth; puis Takodana qui ressemble à Endor. J’aurais vraiment aimé que J.J. Abrams et l’équipe de production du film fasse preuve d’un peu plus d’ingéniosité pour créer des environnements marquants et vraiment originaux. Passé ces quelques défauts, le film renferme une multitude de qualités.

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Tout d’abord, laissez moi parler des personnages. Nous avons un nouveau trio de héros qui s’offre à nous. Finn (John Boyega) est un Stormtrooper qui a été enlevé dès sa plus jeune enfance pour être intégré de force à l’armée du Premier Ordre (successeur spirituel de l’Empire). Cependant, son lavage de cerveau n’a pas complètement fonctionné, et il a des hésitations au moment de tuer pour la première fois des civils sans défense. Il décide donc de déserter. Par un heureux hasard (par un raccourci scénaristique, donc), lorsqu’il décide de quitter le Star Destroyer du Premier Ordre, Poe se trouve à bord. Le personnage incarné par Oscar Isaac est donc un pilote de la Résistance (successeur spirituel de l’Alliance Rebelle) qui est envoyé sur Jakku pour récupérer une carte qui indique l’emplacement du tant convoité Luke Skywalker. Mais Kylo Ren (grand méchant Sith du film) débarque sur la planète et capture Poe pour tenter de lui faire avouer où il a caché la carte. Poe et Finn se rencontrent donc sur le vaisseau du Premier Ordre et tentent tous les deux de s’évader. Rien que par cette première séquence, la complicité de ces deux personnages est flagrante, et l’on vibre au tempo de leurs péripéties. Viens ensuite Rey, jeune femme abandonnée par ses parents sur la planète Jakku quand elle était petite. Elle pourrait partir de Jakku, planète peu hospitalière, mais elle préfère y rester pour attendre ses parents. Ici, c’est Rey l’héroïne: elle prend dans Le Réveil de la Force la place que Luke occupait dans la trilogie originale. En effet, contrairement à tout ce que le marketing du film (notamment l’affiche principale et les bandes-annonces) laissait entendre, ce n’est pas Finn le nouveau Jedi, c’est Rey. Elle n’a jamais besoin d’aide: quand Finn la prend par la main, elle refuse et lui demande d’arrêter. Quand Finn est à terre, c’est elle qui l’aide à se relever, comme le témoigne la photo ci-dessous.

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Les enfants qui découvrent Star Wars avec cet opus entendront pour la première fois « May the Force be with you » dit par une femme (Leia) à une femme (Rey). Dans ce sens là, Le Réveil de la Force est progressiste. De même, Finn, qui est l’un des personnages principaux, est un homme noir, là où seulement Lando Calrissian et Mace Windu, des personnages secondaires, étaient joués par des acteurs noirs dans les autres films.

Parlons également de Kylo Ren, le méchant de ce nouveau film (et vraisemblablement de cette nouvelle trilogie). Il est interprété par Adam Driver, connu pour ses rôles dans la série Girls ou encore dans les films Inside Llewyn Davis et While We’re Young. Non, ce personnage n’est pas trop original et se rapproche de Dark Vador. Mais c’est là son intérêt: J.J. Abrams nous présente ici un « fan » de Vador, qui veut « finir ce que [Vador] a commencé ». Il prie devant le masque abîmé de Vador et imite son père spirituel (notamment avec son masque, qu’il ne porte que pour des raisons esthétiques). La filiation est d’autant plus forte qu’il est le petit-fils d’Anakin Skywalker, Leia étant sa mère. Là où le personnage devient encore plus intéressant, c’est qu’il commet des erreurs, qu’il doute et donc qu’il n’a pas pleinement atteint son potentiel. Dans une scène hautement dramatique, il « tue le père », Han, et tue donc symboliquement ce qui reste de Ben Solo (le véritable nom de Kylo Ren), ou du moins ce qui reliait Kylo à son identité de Ben. Cette relation, qui reproduit le schéma de notre relation à Star Wars et à ses personnages, se retrouve aussi chez Finn et chez Rey. Ils ont tous les deux entendu parler de Han (et de son Millenium Falcon) et de Luke. Pour eux, les Jedis sont un mythe lointain, et Han les rassure en leur disant que « Tout est vrai ». Beau moyen symbolique et « meta » de représenter le passage de flambeau qu’opère Le Réveil de la Force, de la génération qui a découverte Un Nouvel Espoir en salles à la nouvelle génération qui va pour la première fois voir un film Star Wars au cinéma (j’en fais partie).  Ces nouveaux personnages sont superbement introduits, au détour d’un plan ou d’un dialogue, et nous avons vraiment hâte de suivre la suite de leurs aventures. C’est là l’une des grandes réussites de cet Episode VII.

Pour revenir sur l’une des théories qui secouent la toile depuis la sortie de cet Episode VII, je pense pouvoir affirmer que Rey est la fille de Luke Skywalker (et donc que cet élément sera révélé dans l’Episode VIII). Plusieurs indices semblent l’indiquer. Tout d’abord, le choix de l’actrice: Daisy Ridley (géniale dans son rôle d’ailleurs, je dois le souligner) est assez proche physiquement de Natalie Portman qui jouait donc sa supposée grand-mère (Padme Amidala). Egalement, quand Han meurt et que Rey arrive au quartier général de la Résistance, Leia la reconnait directement et la serre dans ses bras, alors même qu’elles ne s’étaient jamais vues avant. De même R2-D2, dont Luke est le maître, se réveille après des années de veille, lorsque Rey arrive sur la planète. Ma théorie est donc que lorsque Ben Solo est devenu Kylo Ren et a massacré les Jedis qui s’entraînaient avec Luke, les parents de Rey (Luke et une femme inconnue, donc) lui ont « effacé » sa mémoire et l’ont placée sur Jakku, là où elle serait à priori en sécurité.

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Théories à part, j’ai donc vraiment aimé Le Réveil de la Force, qui arrive habilement à retrouver la flamme d’antan, ce véritable esprit que la trilogie originale de Star Wars incarnait, aussi bien visuellement que scénaristiquement. En effet, la production design est sobre et pertinente, là où celle de la prélogie était trop chargée et parfois incohérente. De même, la réalisation de J.J. Abrams est tout en mouvement (je pense notamment à ce plan où l’on voit Poe et Finn se serrer la main, et où la caméra bouge autour des personnages) et tout en efficacité, à l’image du film, qui ne s’arrête jamais et ne nous laisse pas nous ennuyer. Egalement, le récit est plus « resserré », avec un nombre restreint de personnages (j’en compte une dizaine environ qui ont un rôle important) et présente la Force comme une notion mythologique et spirituelle, presque religieuse, ce qui manquait (je trouve) à la prélogie. L’humour est omniprésent dans le film, et n’est jamais redondant ou ridicule (contrairement à Jar Jar Binks). L’une des qualités à louer de ce nouveau film est le fait que chacun des éléments des précédents films est présenté de manière ingénieuse (même si parfois un peu gratuite): Han et Chewie, le Millenium Falcon, R2 et C-3PO, Leia ou encore Luke. Ce dernier est présenté lors de la dernière scène, qui à mon avis, constitue la cerise sur le gâteau réussie d’un excellent film, et renferme une dimension hautement iconique. Le Réveil de la Force traite de la mythologie inhérente à Star Wars avec un véritable respect et une candeur qui fait du bien.

Pour que cette excellente surprise (oui, surprise, car le fait que ce film soit réussi relève du miracle, tant les enjeux étaient grands) ne soit pas un coup en l’air, il faut que l’Episode VIII, qui sortira sur nos écrans en mai 2017, propose un récit qui s’émancipe complètement de la structure narrative de la trilogie originale. Il faut qu’il nous fasse rêver, qu’il invente de nouveaux mondes, de nouveaux enjeux et qu’il soit à cette nouvelle trilogie ce que L’Empire Contre-Attaque avait autrefois été à Un Nouvel Espoir. Pour cela, nous devons reposer toutes nos attentes sur Rian Johnson, réalisateur de Looper, et sur les scénaristes et producteurs du film (dont Abrams fera partie).

Post-scriptum de la plus haute importance: Je suis totalement fan de BB-8, nouveau droïde tout mignon qui, je suis sûr, aura conquis la majorité du public de Le Réveil de la Force

Interstellar, l’Odyssée de l’Humanité

Synopsis: Un groupe d'explorateurs exploite une faille dans l'espace-temps afin de parcourir des distances incroyables dans le but de sauver l'humanité.

Christopher Nolan a toujours divisé. Certains crient au génie, d’autres à de l’opportunisme immonde. Personnellement, j’ai plutôt tendance à être d’accord avec les premiers. J’ai dû voir The Dark Knight une dizaine de fois, Inception et The Dark Knight Rises au moins 4 fois, et j’ai adoré MementoBatman Begins et The Prestige. Bref, j’adore Nolan. Il perpétue la tradition du Cinéma avec un grand « C », un cinéma qui se veut intelligent et divertissant à la fois, émouvant et avec des ancrages rééls à la fois.

C’est avec une attente énorme que je suis allé voir Interstellar. Je suivais le projet depuis environ 1 an, et j’ai regardé les trailers disponibles dès leur sortie (ce que je déconseille de faire, mieux vaut arriver devant le film sans presque rien en connaître). Comme pour les précédents films de Nolan, les détracteurs ont sévi et ont déclaré le film comme une bouilli sans intérêt copiant 2001 : A Space OdysseyThe Black Hole ou encore Contact. Il a même été dit que le film faisaient des références à Gravity, alors que le tournage a été terminé avant même la sortie du très bon film d’Alfonso Cuarón.

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La vérité, c’est qu’Interstellar est un vrai film original et ambitieux, au temps des franchises et autres machines à sous comme la 3D. Ici, nous avons affaire à un film qui ne provient d’aucune franchise et tourné en pellicule 70 mm, un procédé presque abandonné de nos jours. Egalement, les thèmes abordés et les questions soulevées le sont avec succès. L’amour et l’espoir sont les deux sujets qui viennent à l’esprit. Comment ne pas perdre espoir lorsque toutes les chances sont tournées contre nous ? Est-ce que l’amour est simplement humain, ou est-ce une valeur universelle ? Ces deux interrogations sont traitées à l’écran par la relation père-fille entre Cooper et Murph, qui est clairement au centre de l’intrigue. Eh oui, Christopher Nolan est un romantique qui le revendique, on le voit clairement dans Interstellar. Cela nous offre de très belles scènes qui ne sont pas garanties de vous laisser sans pleurer, embellies par la musique de Hans Zimmer qui livre ici sa composition la plus belle et la plus pertinente depuis bien longtemps. Pour revenir à cette relation père-fils, on s’attache à Murph, jouée par l’impressionante Mackenzie Foy puis par la géniale Jessica Chastain plus tard dans le film, et on comprend les décisions de Coop, joué par le brillant Matthew McConaughey, son désir de revoir sa fille. Ici, la science-fiction est au service du récit humain. En effet, un scénario comme celui d’Interstellar permet aux scénaristes, donc, aux acteurs et aux réalisateurs de nous faire vivre à travers les personnages des situations inimaginables autrement. Je pense particulièrement à deux scènes que je ne décrirai pas ici pour ne pas spoiler, mais disons que l’une implique Coop, Amelia et Rom, et l’autre Coop et ses enfants, pour ceux qui ont vu le film.

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En plus d’être un très beau film du côté émotionnel, le côté audiovisuel l’est encore plus. La réalisation de Nolan est ici à son apogée, nous offrant des plans magnifiques à la pelle, tout comme Kubrick le faisait avec 2001 : A Space Odyssey. Comme l’a répété à plusieurs reprises le réalisateur : allez voir Interstellar sur le plus grand écran possible, ça vaut vraiment le coup. Le travail du directeur de la photographie est l’un des plus beaux que j’aie jamais eu l’occasion de voir, c’est une véritable claque esthétique. Je l’ai déjà dit plus haut, mais Hans Zimmer est ici à son meilleur, faisant la meilleure utilisation possible des orgues, dans ce morceau par exemple : 

Christopher Nolan livre donc son film le plus intimiste, et paradoxalement (ou pas) le plus ambitieux. Les 2h49 d’Interstellar passent très vite, et l’on en ressort sonné, avec des étoiles plein les yeux et des questions plein la tête. Je suis allé le voir 2 fois en l’espace de quelques jours, et je pense aller le revoir dans le courant de la semaine prochaine. Nous avons là un chef-d’oeuvre, un objet pur de science-fiction, une aventure magnifique, une Odyssée humaine. Allez voir Interstellar, pour l’amour du Cinéma, vous me remercierez.

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Se7en: let he who is without sin try to survive

Synopsis: Somerset entreprend une dernière enquête avant sa retraite : arrêter un serial killer qui tue selon les sept péchés capitaux. Il est épaulé par Mills.

David Fincher est sûrement mon réalisateur préféré. En effet, 3 de ces films sont dans mon Top 20 Films (Se7en en fait maintenant partie), et même ceux qui ne sont pas dans ce Top sont, à mon avis, de très bons films. Un de ces films majeurs manquait quand même à ma culture: Se7en. J’en avais beaucoup entendu parler, notamment comme étant un film à twist, ou encore un très bon thriller. Et je me suis enfin décidé à le voir.

Et je n’ai pas été déçu. Absolument pas.

Comme indiqué ci-haut, Se7en est un thriller pur: deux flics courent après un tueur en série. On pourrait croire à un film bateau, en entendant le pitch. Sauf que plusieurs éléments l’empêchent d’être un film basique.

Pour commencer: la réalisation de David Fincher. La caméra est fluide, la photographie est magnifique, et par-dessus tout, quelques travellings très bien intégrés nous sont offerts: que demander de plus ? Il arrive également à très bien à nous impliquer dans les scènes d’actions, magnifiquement filmées.

En second vient évidemment le jeu d’acteur. Brad Pitt est excellent dans son rôle de flic « débutant », notamment dans une scène vers la fin, dont je ne révélerai pas le contenu pour ne pas vous spoiler. Ensuite, vient Morgan Freeman, tout à fait correct (même plus que correct) dans le rôle de Somerset. Gwyneth Paltrow délivre également une prestation correcte pour ses quelques apparitions. Je ne parlerai pas d’un certain rôle, qui serait en quelque sorte un spoiler, mais je peux juste dire que ce rôle est interprété d’une manière excellente. Un cast parfait, donc.

Et enfin, ce qui marque le plus dans ce film: le scénario. Les différents meurtres sont très bien amenés, le rythme est effréné, il n’y aucun temps mort. Et viennent enfin les 30 dernières minutes du film, qui m’ont fait réaliser que ce film était un grand film. Un dénouement des plus fous, et étonnament très logique et plausible, avec un twist final grandiose, qui m’a offert quelques bouffées de chaleur et m’a fait bondir sur mon canapé, à plusieurs reprises.

Se7en est donc un film complétement réussi, et à voir absolument, surtout si l’on aime les thrillers. Long lives Fincher !

Guardians of the Galaxy: hooked on a (very) good feeling

Synopsis: Peter Quill est un aventurier traqué par tous les chasseurs de primes pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le puissant Ronan, dont les agissements menacent l’univers tout entier. Lorsqu’il découvre le véritable pouvoir de ce globe et la menace qui pèse sur la galaxie, il conclut une alliance fragile avec quatre aliens disparates : Rocket, un raton laveur fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre, l’énigmatique et mortelle Gamora, et Drax le Destructeur, qui ne rêve que de vengeance. En les ralliant à sa cause, il les convainc de livrer un ultime combat aussi désespéré soit-il pour sauver ce qui peut encore l’être…

Contrairement à ce que plusieurs détracteurs ont avancé, Marvel Studios a pris un risque (relativement grand, certes) en proposant ce Guardians of the Galaxy. En effet, livrer un film composé d’une dizaine de personnages encore jamais vus dans les précédents films est audacieux, encore plus quand l’on sait que parmi ces personnages, se trouvent un arbre géant ainsi qu’un raton-laveur doué de parole. GotG est, qui plus est, également la première incursion du Marvel Cinematic Universe dans l’univers cosmique des comics Marvel.

Ayant lu plusieurs comics GotG, leur adaptation sur grand écran me donnait tout particulièrement envie, et, lors du visionnage, m’a fait vraiment plaisir. Peter Quill (aka Star-Lord) est le leader qu’il est sur papier, Rocket Racoon et Groot ont gardé leur grande complicité, Gamora est vraiment badass, et Drax (interprété par Dave Bautista, ancien catcheur) est la belle surprise du film. Le visuel du méchant du film, Ronan the Accuser (Lee Pace) est réussi, malgré une caractérisation assez pauvre du personnage. Le « vrai » méchant du film est cependant Thanos, très impressionant dans sa (courte) scène. Mention spéciale aux apparitions très courtes du Collector (Benicio del Toro) et de Nova Prime (Glenn Close).

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GotG est un film très généreux: on ne s’ennuie pas une seule seconde. L’alternance entre les scènes d’action et les scènes plus « calmes » est très bien gérée. Les personnages sont très nombreux, nous ne sommes pas en reste, entre l’équipe des Guardians, Yondu, Nova Prime, the Collector, Ronan, Thanos et d’autres. L’alchimie entre les Guardians est celle qui impressionne le plus. En effet, c’est la première fois que ses personnages apparaissent au cinéma. Mais on y croit, les personnages paraissent vrais, on rit (beaucoup) et on s’attache à cette bande de bras cassés.

Sans être le film le mieux réalisé de tous les temps, GotG nous offre quelques très beaux plans ainsi que quelques très belles scènes/séquences (notamment la bataille finale). Ce qui ressort le plus, c’est la multitude de couleurs présentes: nous en prenons plein les yeux. Mention spéciale aux effets spéciaux, également très bien réalisés, notamment pour la modélisation du duo Rocket Racoon/Groot.

En parlant de ce film, comment ne pas parler de la bande originale ? Elle est composée de plusieurs morceaux à succès des années 70, minutieusement sélectionnés par James Gunn (le réalisateur). On retrouve, entre autres, « Hooked On A Feeling » de Blue Swede, « Moonage Daydream » de David Bowie, « I Want You Back » des Jackson 5 ou encore « Cherry Bomb » de The Runaways. Bref; une (très) belle brochette de tubes assez bien intégrés au film, et qui contribuent à sa « coolitude ».

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Vous l’aurez compris: j’ai adoré Guardians of the Galaxy, de bout en bout. Je me suis amusé à chaque scène, j’ai adoré la prestation des acteurs, je me suis régalé visuellement. La suite est prévue pour 2017; je n’ai qu’une chose à dire: vite, tant l’univers cosmique renferme de belles choses.