Mon bilan Cinéma de 2017

Nous y sommes. La fin de l’année. Fleurissent sur les réseaux sociaux et dans les médias des « bilans » de l’année passée. Exercice parfois un peu vain mais qui a le mérite pour la personne qui le fait de mettre de l’ordre dans ses souvenirs cinéphiles de l’année, de classer, de trier, de faire ressortir ses agréables surprises et ses déceptions. C’est donc pour cela que je vais, moi aussi, écrire un petit bilan de mon année.

Bilan en deux temps : d’abord, mon année cinéma générale, entre nouveautés et vieilleries, puis le classement de mes films préférés sortis en 2017.

Bilan général

Cette année, j’ai vu en tout et pour tout 329 films dont 320 longs-métrages. J’ai vu 168 de ces films dans une salle de cinéma. Voici un petit bilan par mois, avec le nombre de films vus et ma plus belle découverte :

  • Janvier : 20 films vus21035999_20130904105618914.jpg
  • Février : 33 films vusef4f7230580a2f2774292f78ebcd6243.jpg
  • Mars : 20 films vusmrdeeds_1436043752.jpg
  • Avril : 12 films vus21047625_20131008153522592.jpg
  • Mai : 16 films vusla-dolce-vita1.jpg
  • Juin : 34 films vusa-midsummer-nights-dream.10057.jpg
  • Juillet : 11 films vus5jevlf6dzkkz.jpg
  • Août : 26 films vusthe-duellists-harvey-keitel-keith-carradine-ridley-scott-affiche.jpeg
  • Septembre : 51 films vusandrei-roublev.jpeg
  • Octobre : 36 films vusilgattopardo-1.jpg
  • Novembre : 33 films vustumblr_nl4c7n9KBZ1unnsgko3_1280.jpg
  • Décembre : 37 films vusRyans_Daughter_.jpg

Mes 15 films préférés de 2017

Comme vous avez pu le comprendre, j’ai vu beaucoup de films cette année, notamment au cinéma. Mais, en ce qui concerne les nouveautés de l’année, j’ai fait un tri assez important pour n’aller voir que les films m’intéressant vraiment, réduisant le nombre de films vus à moins de 40. Cette sélection m’a permis non seulement de voir beaucoup de films plus anciens, mais également de pouvoir avoir un corpus important de bons films sortis en 2017. Et j’en ai donc sélectionné 15 qui sont, selon moi, à voir.

15. Logan de James Mangold

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Ultime aventure de Hugh Jackman dans la peau de Wolverine, Logan est un bug dans le système des films de super-héros, film personnel pour Mangold et belle relecture du Shane de George Stevens, cité texto à l’écran par le film. Un beau chant du cygne symbolisé par ce magnifique dernier plan, suivi par le générique sur fond de « The Man Comes Around » de Johnny Cash.

14. Okja de Bong Joon-ho

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Production Netflix, ce Okja aurait bien sûr mérité d’être vu en salle par un grand nombre de personnes. Mais en l’état, il reste un excellent film d’aventure, d’apprentissage à travers certains lieux géographiques (la campagne coréenne, Séoul, New-York) construit comme un roller-coaster émotionnel et d’action par son réalisateur Bong Joon-oh, fable écologiste centrée sur l’amitié entre une petite fille et son cochon de compagnie. A noter : la formidable séquence à Séoul, jubilatoire et fun, mais aussi touchante quand il le faut. Grande réussite.

13. Blade Runner 2049 de Denis Villeneuveblade-runner-2049-bande-annonce-002

J’avoue que je partais avec un a priori très négatif sur ce film. Faire une suite de Blade Runner 35 ans après avec Villeneuve à la réal, ça me faisait très peur. Finalement, je dois l’admettre, et j’en suis ravi, j’ai eu tort de m’inquiéter. Cette suite réussit non seulement à raccrocher les wagons avec le film original, mais aussi à créer une réponse en miroir aux thématiques du film de Scott à l’intérieur de l’intrigue qui sert de suite. Rick Deccard n’est évoqué qu’après plusieurs dizaines de minutes, et on le voit seulement au bout de 2h, sans que son absence nous fasse ressentir un manque. Cela est possible grâce à la manière avec laquelle Villeneuve et ses scénaristes créent notre intérêt pour le personnage de Ryan Gosling, raccrochant son quotidien de « blade runner » au film de 1982 petit à petit. Esthétiquement, le film délaisse l’aspect poisseux du néo-noir pour aller vers un minimalisme très villeneuvien mais sublimé par Deakins et par la belle direction artistique. Deux petits bémols : la mise en scène de Villeneuve qui aurait mérité d’être un peu plus découpée et dynamique, et la musique toujours plus insupportable de Hans Zimmer.

12. Jackie de Pablo Larraínvlcsnap-2017-12-24-13h58m35s195.png

Jackie, bien que s’inscrivant dans la grande Histoire et se focalisant sur un événement surmédiatisé (l’assassinat de JFK en 1963), est plus un portrait intime d’une femme dans la tourmente qu’un film historique. En atteste la caméra 16 mm avec le cadre en 1,66 collant de près à Natalie Portman, à son visage et à son allure. Jackie est une réussite parce qu’il se concentre sur ce portrait sans jamais oublier le contexte historique, parce qu’il met des images sur un drame intime avec pudeur mais sans oublier l’émotion.

« Don’t let it be forgot, that once there was a spot, for one brief shining moment that was known as Camelot. »

11. Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina

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Comme d’habitude avec les bon films Pixar, leur concept de départ prend pleinement forme grâce au scénario d’une intelligence émotionnelle sans commun. Ici, Lee Unkrich et ses collaborateurs prennent pour point de départ un événement par définition limité à un seul pays mais font en sorte, déjà, de le rendre compréhensible et palpable par tout le monde, mais aussi l’utilisent pour en faire sortir une histoire universelle sur la famille et le deuil. Et bien sûr, le film nous amène là où on ne s’attend pas et sort des sentiers balisés. Visuellement, c’est une merveille, mais ça ça n’étonne personne.

10. Billy Lynn’s Long Halftime Walk de Ang Lee6SwBML.png

Ne pas pouvoir voir ce film dans les conditions désirées par son réalisateur fut l’une des plus grosses déceptions de mon année de cinéma. Mais heureusement, le film de Ang Lee est appréciable même sans des conditions optimales. Parce que ce qu’il raconte est tellement fort – le patriotisme exacerbé, le PTSD, la mythification de soldats n’ayant rien demandé, leur mise en scène par le spectacle – et tellement bien raconté, avec une structure très simple se structurant autour de cette mi-temps de match de football américain où les feux d’artifice se confondent avec des coups de feu et où tous les traumatismes de la guerre lointaine resurgissent bel et bien sur le sol américain. Grand film, et grand Vin Diesel (oui oui) dans cette belle scène finale.

9. Voyage of Time: Life’s Journey de Terrence MalickVoyage-of-Time_film-page-2000-2000-1125-1125-crop-fill.jpg

Excroissance cosmique de The Tree of Life, ce film est à conseiller de préférence aux adeptes de Malick, tellement son abstraction du récit pour une forme pure se suffisant à elle-même complétée par des morceaux de musique classique et une voix-off méditative est prégnante. Mais si on se laisse porter, Voyage of Time est un formidable périple à travers les âges, les échelles (de la molécule à la galaxie), les cultures, les paysages. L’une des plus belles séquences est sûrement celle s’attardant sur des hommes préhistoriques, joués à l’occasion par des acteurs, et donnant lieu à de magnifique moments de cinéma, et donc de vie.

8. War for the Planet of the Apes de Matt Reeves

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Je reprends ici une citation de mon article « Apocalypse Now et le cinéma d’aujourd’hui » où je parle du film :

Mais War for the Planet of the Apes, contrairement à Kong: Skull Island ne se limite pas à une simple référence au film fondateur qu’est Apocalypse Now. Matt Reeves et le scénariste Mark Bomback, tout en se réappropriant le roman de Pierre Boulle, brassent diverses influences comme le western (les singes à dos de cheval, fusil à la main) et le film biblique (Cesar serait Moïse guidant le peuple des singes vers la terre promise) notamment. On peut simplement regretter la référence à Apocalypse Now soulignée par l’inscription peu subtile sur le mur d’un tunnel « Ape-ocalypse Now ». En dehors de ça, Matt Reeves, en plus de pleinement intégrer les références au film de 1979, réalise une conclusion ambitieuse et pleinement réussie à la trilogie initiée en 2011.

7. Song to Song de Terrence MalickStS_2.png

Alors que Knight of Cups penchait vers une frénésie de l’abstraction narrative, montrant des bribes de moments d’une vie sans jamais s’attarder vraiment sur des scènes en particulier, Song to Song propose une accalmie bienvenue. Alors oui, le film de Malick adopte partiellement le rythme rock voulu par son tournage à Austin, mais comme le dit l’un des personnages (« slower »), le montage se calme et permet de mieux se concentrer sur ces histoires d’amour éphémères mais magnifiquement captées par le duo Malick/Lubezki.  Le réalisateur est en quelque sorte arrivé à l’apogée de son style ambitionné dès The New World en 2005 et perfectionné par The Tree of Life plus tard, lui ayant attiré les foudres avec To the Wonder. Ainsi, l’annonce de son prochain film, Radegund, pour lequel il adopte de nouveau une narration traditionnelle a le mérite d’intriguer.

6. Dunkerque de Christopher Nolan

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La citation est tirée de ma critique de Dunkerque publiée sur ce blog :

Le cinéaste britannique réussit donc son pari de réaliser un grand film de guerre sur le mode d’un survival movie où la déformation du temps aurait une place prépondérante. Encore une fois, il faut saluer le brio du scénario et du montage qui permettent à la structure d’être inédite et de, en même temps, tenir la route. Il ne faut cependant pas oublier l’incroyable casting qui incarne les espoirs et épreuves des soldats, qu’il soit composé de têtes connues (l’impérial Kenneth Brannagh, le désespéré Cillian Murphy, le masqué Tom Hardy, l’incroyable Mark Rylance) ou de débutants tels que Fionn Whitehead (le personnage principal ?), Tom Glynn Carney ou encore Harry Styles (oui, l’ex-membre des One Direction). C’est presque un sans-faute donc, même si ce n’est pas du tout le meilleur film de Christopher Nolan. En tout cas, il faut saluer l’ambition qu’il déploie sur plusieurs niveaux : le tournage en IMAX 70mm, l’utilisation d’effets spéciaux physiques et de bateaux et avions datant de la 2nde Guerre Mondiale, la structure du film presque expérimentale. A l’heure des reboots et franchises vides de sens que nous propose Hollywood, on est rassuré de pouvoir compter sur une poignée de réalisateurs capables d’allier grand spectacle et ambition.

5. Star Wars: The Last Jedi de Rian Johnson

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Balayant nombres des éléments introduits par Abrams et également des figures de la trilogie originale, Rian Johnson scénarise et réalise un film imparfait mais aux grandes qualités. La grande différence avec le Abrams est justement qu’il ne se repose pas seulement sur les créations de Lucas pour raconter une histoire, mais invente ses propres figures. Ainsi, on pourra s’enthousiasmer des planètes et décors nouveaux, de même pour la faune de l’univers qui s’agrandit. Mais là où Johnson est le plus fort, c’est pour donner de l’épaisseur à Kylo Ren et à Rey, les deux personnages principaux. Leurs scènes, y compris les champs-contrechamps à des milliers de kilomètres sont à ce titre les meilleures du film, jusqu’au premier climax dans l’antre de Snoke. De même, la séquence sur Crait impressionne par la maestria visuelle déployée, de la spatialisation du champ de bataille au chromatisme porteur de sens. Un bel opus donc, mais gâché quelquefois par des pointes d’humour nous sortant du contexte du film

4. Baby Driver de Edgar Wrightbaby_driver_DF_05205_r.jpg

Baby Driver est un film singulier dans la carrière d’Edgar Wright : premier film américain, premier blockbuster et véritable succès au box-office, et enfin première fois qu’il aborde un genre cinématographique sans un traitement ironique. Bien qu’il commente le genre du film de braquage à travers son Baby Driver, l’auteur est plus que jamais sincère et se dévoile complètement à travers cette oeuvre. Bien sûr, les courses-poursuite en voiture sont jubilatoires, mais les meilleures scènes sont celles où Wright se pose et construit ses personnages (la scène de la laverie) ou même la course-poursuite à pied, formidable scène d’action comme on en voit trop peu. Utilisation singulière de la musique et mise en scène millimétrée ajoutées à un scénario longuement réfléchi donnent un film pas loin du chef-d’oeuvre.

3. A Monster Calls de Juan Antonio BayonaMV5BNjI0Nzk1ODU2Nl5BMl5BanBnXkFtZTgwNTY3ODc4MDI@._V1_SX1777_CR0,0,1777,744_AL_.jpg

Dans la lignée de Guillermo del Toro, Bayona traite des thèmes difficiles par l’imaginaire. Bien que le personnage principal soit un enfant, A Monster Calls n’est pas un film « pour enfants » au premier sens du terme. Comme The Impossible, il traite le deuil de manière frontale, même s’il prend la voie du fantastique pour mieux en parler. Utilisant pleinement les moyens du cinéma pour adapter le livre de Patrick Ness, Bayona signe l’un des films les plus émouvants de l’année. Réussite totale.

2. La La Land de Damien Chazelle170113_la_la_land.jpg

Revival des films musicaux d’antan à la Minnelli et Donen, La La Land est la confirmation que Chazelle est un auteur à suivre dans les prochaines années. Maîtrisant complètement son projet, du scénario à la mise en scène spectaculaire et adaptée au sujet, il construit un beau film sur les relations entre l’amour et les vocations, teinté de nostalgie mais qui ne sombre jamais dans le misérabilisme. Un enchantement de tous les instants.

1. Silence de Martin Scorsese

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Ce film est pour Martin Scorsese un aboutissement, son chemin de croix personnel. Projet qu’il porte en lui depuis des années et qu’il a encore une fois failli abandonner, Silence porte pleinement la marque de son auteur dont on reconnaîtra les tics de mise en scène mais diffère en effet de ses sujets de mafieux habituels. Quand on connait bien sa carrière, on sait que le thème de la religion, notamment catholique, le travaille en permanence. Ainsi, il paraît logique qu’il se soit attaqué de manière aussi frontale à ce sujet. Et il le fait avec brio, comme d’habitude, offrant parmi les plus beaux moments de cinéma de l’année – la scène du silence en tête. Guillaume Gas, sur le site Courte-Focale en parle mieux que je ne pourrais jamais le faire.

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Apocalypse Now et le cinéma d’aujourd’hui

[ATTENTION : Cet article contient des spoilers, plus particulièrement la 3ème partie concernant Silence]

Il y a presque 40 ans sortait Apocalypse Now. Film miraculeux à bien des égards, le film réalisé par Coppola et écrit par John Milius a été dès sa sortie un énorme succès et a depuis acquis un statut culte. Entre l’ouverture sur la chanson This is the End des Doors, l’arrivée des hélicoptères illustrée par la Chevauchée des Walkyries de Wagner ou encore le monologue de Kurtz « The horror », nombre de moments et de petits détails sont entrés dans l’inconscient collectif. Maître étalon du film de guerre spectaculaire, clôturant les années 70 en fanfare et confortant Coppola dans ses ambitions formelles, Apocalypse Now est aujourd’hui considéré comme l’un des films les plus importants de l’histoire du Cinéma. Sous quels aspects retrouvons-nous l’influence de ce film dans le cinéma contemporain ? Nous étudierons son aura à travers trois films sortis en 2017 en France : Kong : Skull Island de Jordan Vogt-Roberts, War for the Planet of the Apes de Matt Reeves et Silence de Martin Scorsese.

Kong : Skull Island

Kong : Skull Island est un film s’inscrivant dans la saga des films King Kong initiée en 1933 par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack avec le King Kong premier du nom produit par la RKO. La figure tutélaire de King Kong s’est imposée au fil des décennies, soit via de nouveaux films (en 1934, 1976 et 2005 notamment), soit par l’influence sous-jacente diffusée dans de nombreux films de genres très variés. Jordan Vogt-Roberts a donc repris le flambeau en 2017, et a envisagé son film d’une manière un peu particulière. En effet, il déclare avoir voulu « voir Apocalypse Now avec King Kong », qu’il voulait faire un film de guerre du Vietnam mais avec des monstres dedans. Comme Apocalypse Now parlait de mythes à travers la figure du colonel Kurtz, Vogt-Roberts a voulu insuffler une dimension mythique à son Kong, le représenter comme un dieu, comme un roi. Apocalypse Now faisait sentir l’absurdité de la guerre et la folie des hommes à travers les différentes aventures de Willard. Skull Island reprend cette idée en confrontant la « petite guerre » des humains à l’idée de la figure mythique qu’est Kong et tout ce que cela implique.

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Vogt-Roberts appuie cette référence visuellement, notamment par des hélicoptères sur fond de couchers de soleil, image tirée directement d’Apocalypse Now, et une attaque au napalm qui évoque le film de 1979. De même, il situe son film en 1973, pendant la guerre du Vietnam, et dans une île du Pacifique Sud qui rappelle évidemment la jungle du Vietnam.
Mais le problème du film est qu’il ne se prend pas au sérieux et qu’il ne peut donc pas vraiment bien traiter son sujet et les thèmes liés à Apocalypse Now, ce qui résulte en un film avec un scénario de série B mais avec un budget de série A. Références directes et peu subtiles au film et ton hésitant entre sérieux et fun donnent un film qui se veut cool mais qui malheureusement se rate dans la plupart des choses qu’il entreprend. De plus, les thèmes qu’il aborde étaient déjà traités dans le film de 1933, notamment la mégalomanie des hommes et la figure mythique que représente Kong. Rajouter au film l’aspect Apocalypse Now ne fait que parasiter le récit, dans le sens où on ne pense plus qu’à la référence sans creuser le propos.

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War for the Planet of the Apes

Comme Kong : Skull Island, ce film s’inscrit dans la lignée d’une série de films plus ou moins adaptés du roman de Pierre Boule sorti en 1963. La franchise connaît un premier temps initié par le film original de 1968 suivi de plusieurs films, puis un reboot en 2001 par Tim Burton, et enfin une trilogie sortie entre 2011 et 2017. War for the Planet of the Apes vient clore la trilogie et s’avère être le film le plus ambitieux des trois, se focalisant presque entièrement sur les singes pendant toute la durée du film.

Au propos initial développé par le roman de Boulle, Matt Reeves y ajoute un sous-texte qui est clairement repris d’Apocalypse Now. Woody Harrelson joue un colonel de l’armée américaine au crane chauve étant devenu plus ou moins fou. Comme Kurtz, il a coupé ses liens avec le commandement de l’armée et a enrôlé une petite équipe de soldats fidèles, s’installant dans une base reculée dans un paysage hostile (ici, la neige et la forêt remplacent l’humidité et la jungle). Cette référence au film-pilier qu’est Apocalypse Now est marquée également par l’appellation que les militaires donnent aux singes, « Kong », qui rappelle fortement le « Viet-Cong », appellation péjorative utilisée par les américains pour désigner le Front national de libération du Sud Viêt Nam.
Cesar accomplit comme Willard un long voyage rempli d’obstacles pour enfin atteindre la base où se trouve le Colonel. Aussi, les scènes entre Cesar et le Colonel évoquent évidemment celles entre Willard et Kurtz dans Apocalypse Now, tant cette rencontre a été attendue par le spectateur et les enjeux semblent se concentrer sur ces deux personnages.

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Mais War for the Planet of the Apes, contrairement à Kong: Skull Island ne se limite pas à une simple référence au film fondateur qu’est Apocalypse Now. Matt Reeves et le scénariste Mark Bomback, tout en se réappropriant le roman de Pierre Boulle, brassent diverses influences comme le western (les singes à dos de cheval, fusil à la main) et le film biblique (Cesar serait Moïse guidant le peuple des singes vers la terre promise) notamment. On peut simplement regretter la référence à Apocalypse Now soulignée par l’inscription peu subtile sur le mur d’un tunnel « Ape-ocalypse Now ». En dehors de ça, Matt Reeves, en plus de pleinement intégrer les références au film de 1979, réalise une conclusion ambitieuse et pleinement réussie à la trilogie initiée en 2011.

Silence

Des trois films évoqués, Silence est celui pour lequel l’influence d’Apocalypse Now est la moins évidemment visible, notamment parce qu’il ne le cite pas visuellement (Kong : Skull Island) ou textuellement (War for the Planet of the Apes). Mais le fait est que Silence et Apocalypse Now partent tous deux de la même structure narrative (qui était donc déjà celle du roman de Joseph Conrad Heart of Darkness, et du roman Silence) : un homme occidental (Willard étant américain et Rodrigues portugais) reçoit la mission d’aller dans un pays asiatique inhospitalier pour retrouver un homme autrefois respecté. En effet, le Vietnam est à l’époque en guerre, déchiré entre le Nord et le Sud et envahi par l’armée américaine, tandis que le gouvernement japonais persécute les chrétiens évangélisés par l’église catholique. Des rumeurs concernent ce dernier : le colonel Kurtz aurait trahi l’armée américaine et imposerait sa loi dans la jungle vietnamienne, tandis que le père Ferreira aurait renié sa foi sous la pression des autorités japonaises.

Au terme d’un périple long et parfois infernal, notre personnage arrive enfin à retrouver celui qu’il cherchait. Et dans les deux cas, les rumeurs les concernant sont avérées : Kurtz est bien devenu fou et a pris le pouvoir dans la jungle, tandis que Ferreira vit parmi les Japonais et a abjuré sa foi. À ce stade là du récit, Willard et Rodrigues ont tous les deux la même décision à prendre : rejoindre la figure de mentor qui s’incarne en Kurtz et Ferreira, ou remplir leur mission et rentrer chez eux ? C’est ici que les deux films diffèrent le plus. Alors que Willard hésite un premier temps puis finit par tuer Kurtz, Rodrigues fait apparemment un autre choix. Dans une magnifique scène exploitant l’idée du « silence » du titre, sous la pression et pour sauver la vie de chrétiens japonais, il finit par céder et par marcher sur l’image du Christ, et donc ainsi par renier sa foi. S’en suit une vie parmi les japonais, où il ne peut pratiquer sa foi et où il est devenu athée, en apparence. En effet, le tout dernier plan du film révèle, alors que son corps brûle lors du rite funéraire, qu’il n’a pas abjuré sa foi intérieurement : il tient une petite croix en paille dans la main. Silence rejoint donc Apocalypse Now : Rodrigues n’a pas « trahi » sa foi, comme Willard n’a pas trahi l’armée américaine. Mais alors que Willard a pu tuer Kurtz et rentrer chez lui, Rodrigues n’a pas pu ramener Ferreira et rentrer au Portugal. Il a donc échoué à remplir sa mission officielle, même si dans son for intérieur, il est resté fidèle à ses convictions. Willard a réussi sa mission, mais dans un sens est un peu devenu comme Kurtz, effectuant un acte violent, presque barbare, en le tuant.

Silence

 

Narrativement, Silence se rapproche donc très nettement d’Apocalypse Now. Mais les thèmes évoqués dans ce premier film (la foi, le doute) ne sont pas ceux du deuxième film qui, au fond, pose la question : pour quelles raisons pouvons-nous devenir fous ? Silence reprend donc la structure narrative d’Apocalypse Now et les épreuves que traversent les personnages.

Conclusion

Nous avons donc pu observer à travers ces trois films trois rapports différents au film-pilier qu’est Apocalypse Now. Quand Kong: Skull Island et War of the Planet of the Apes le citent explicitement, l’un déplace de manière assez grossière son intrigue dans un contexte « à la Apocalypse Now », tandis que l’autre choisit d’intégrer des éléments du film dans son récit sans atteindre à la cohérence ou à l’unité. Silence, quant à lui, ne fait pas référence de manière visuelle ou textuelle à Apocalypse Now, mais sa structure, implicitement, rappelle fortement le film de Coppola.

 

Star Wars: Episode I – The Phantom Menace : to hate or not to hate

20th Century Fox. Lucasfilm. Le fameux « A long time ago in a galaxy far, far away…. ». Puis, la musique de Williams retentit et le texte d’ouverture défile devant nos yeux. Star Wars. Ces deux mots ont, depuis le début de la saga en 1977, fait rêver beaucoup de personnes. En 1999, Lucas propose au public une suite qui n’en est pas une, histoire de prolonger la magie, et surtout d’approfondir l’univers créé il y a plus de 20 ans. Je n’ai pas découvert cet épisode I à l’époque, dans l’excitation et l’espoir que procurait un nouveau film Star Wars. Je n’ai pas non plus vécu la vague de critiques négatives adressées contre Lucas et son film. J’ai découvert cet épisode enfant, sans vraiment connaître le contexte autour. N’ayant pas revu cet épisode depuis des années, il m’a semblé temps de le revoir – et toute la saga avec – pour pouvoir poser de nouveaux yeux sur ce prolongement de l’oeuvre de Lucas.

The Phantom Menace, donc, se propose de raconter les événements antérieurs à l’épisode IV, The New Hope. Ainsi, Lucas avait pour ambition non seulement de montrer l’enfance de celui qui deviendra plus tard Darth Vader, mais aussi de décrire la situation politique (et même, géopolitique) de la Galaxie. Et c’est peut-être ça qui a déplu, les histoires de Fédération du commerce, de République, de Bordure extérieure, alors que la trilogie originale parlait avant tout de la famille Skywalker, et ne s’attardait pas forcément sur la toile de fond politique de son histoire. Le texte déroulant qui se situe au début résume bien la situation : la famille Skywalker n’y est pas mentionnée, au profit de l’explication de l’intrigue politique. On ne peut pas vraiment juger de la qualité de cette partie du film, tant elle repose sur les deux suites, Attack of the Clones et Revenge of the Sith. Je peux seulement dire qu’elle ne passionne pas vraiment, introduisant trop d’éléments au spectateur, alors que l’intérêt de Star Wars repose surtout sur ses éléments mythologiques tels que les Jedi, les Sith, la Force et toutes les autres trouvailles qui rapprochent la trilogie originale d’une épopée fantastique. Il ne faut cependant pas dénier à Lucas le goût pour l’expérimentation, et cette intrigue politique est loin d’être ridicule. Mais, encore une fois, il faudra attendre la suite pour réaliser l’ampleur du récit. La scène se déroulant au Sénat laisse présager les moments réussis des prochains épisodes qui touchent au contexte politique de l’univers.

Malheureusement, quand le film s’intéresse un peu plus au versant Jedi et Skywalker de son univers, ce n’est pas non plus un home run qu’il réalise. En cause, tout d’abord, l’interprète choisi pour Anakin jeune qui n’impressionne pas vraiment, mais qui est quand même mieux que Hayden Christensen. On a du mal à voir en lui le futur Darth Vader. En soi, l’histoire d’Anakin est plutôt bien traitée, répondant à celle de Luke : un gamin surdoué dans son domaine et qui rêve d’une chose seulement, de partir de Tatooïne. Mais justement, la partie du film sur Tatooïne est vraiment le ventre mou du film. Bien sûr, le film se devait de montrer Anakin avec sa mère, là où il a vécu son enfance. Au final, seule la course de Pods réussit vraiment, démontrant une maîtrise technique assez incroyable de la part des équipes de Lucasfilm. Le sound design, notamment, impressionne, et la mise en scène de Lucas fait bonne utilisation des possibilités supplémentaires offertes par la technologie qui n’existait pas il y a 20 ans. A part cela, on attend vraiment que le temps passe sur Tatooïne. De plus, c’est lors de l’escale du film sur la planète que Lucas dégaine son idée des midi-chloriens, bête tentative de rationalisation de la Force, principe mystique qui élevait Star Wars au rang de mythe parmi les mythes.

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Tant qu’on y est, autant parler du pire : le personnage de Jar-Jar Binks. S’il y a bien un élément de la prélogie qui mérite les critiques émises à son égard, c’est lui. Élément burlesque ajouté par Lucas pour apporter un humour à son univers, Binks se révèle être une vraie catastrophe filmique. Tout d’abord, le design numérique du personnage est vraiment laid (ce qui n’est pas le propre du seul Binks, nous y reviendrons). Ensuite, ce ressort comique n’est finalement jamais drôle, et il devient vite insupportable, polluant chaque scène épique et dramatique en y ajoutant un humour lourd et bas du front. Pire, il amène une facilité scénaristique en sortant de nulle part et en sauvant Obi-Wan et Qui-Gon et en les amenant chez les Gungans. Heureusement, sa présence se réduit dans les volets suivants.

Parmi les points positifs, il faut saluer la production design plutôt réussie. Naboo, notamment, et ses vaisseaux, sont de belles additions à l’univers Star Wars qui ne trahissent pas l’esprit de la trilogie originale. Mais malheureusement, ces bonnes idées sont vite gâchées par un trop plein d’effets numériques qui font que, seulement 20 ans après, le film a vraiment mal vieilli. On doit se l’avouer : The Phantom Menace est bel et bien un film laid. Notamment, les scènes sur Tatooïne et les scènes de bataille sur Naboo font mal aux yeux. Puis, il faut avouer qu’il y a plus stimulant que filmer des conversations entre personnages statiques sur fond vert…

Bien sûr, on ne peut pas ne pas parler de John Williams. La musique qu’il a composé rehausse tout le film d’un cran, jusqu’au climax (presque) final sublimé par son « Duel of the Fates ». Cette scène d’ailleurs, pourrait presque nous faire oublier les gros défauts du film tellement elle est réussie. Portée par trois personnages et notamment un méchant digne de ce nom, Dark Maul, elle est vraiment la cerise sur le gâteau que chaque film Star Wars mérite. D’une puissance émotionnelle folle, ce moment reste dans l’esprit des spectateurs.

Finalement, le film ne gâche pas l’univers de la trilogie originale comme certains fans ont pu l’affirmer. Mais il est impératif de constater de gros défauts, d’ailleurs peut-être dus au trop plein d’ambition de Lucas. En tout cas, la trilogie est lancée. Le personnage de Padme est plein de promesses, notamment dans sa relation avec Anakin. Une impressionnante intrigue politique est esquissée, et même si la poésie de la trilogie originale n’est pas retrouvée, on sent que Lucas a quelque chose à nous raconter.