[INTERVIEW] Maxime Solito à propos de son documentaire Les Cinéphiles

En 2014, Maxime Solito (CaptainMarv sur Twitter) lance un crowdfunding sur KissKissBankBank pour financer Les Cinéphiles, un documentaire sur l’état du cinéma en France et sur les cinéphiles. 3 ans plus tard, à la rentrée 2017, il sort son film en VOD sur Vimeo et en édition limitée en DVD. Il a bien voulu répondre à quelques questions pour le journal cinéma de l’association Cinésept, le 7ème, et je publie ici ces questions en attendant la sortie du journal papier.

A.L. : Salut Maxime. Pour commencer, pourrais-tu te présenter, toi et ton projet ? Notamment la façon dont tu t’es construit ta cinéphilie, ta conscience politique et donc ce qui a mené à ce projet de documentaire ?

M.S. : Je m’appelle Maxime Solito, je suis réalisateur et journaliste. Ma cinéphilie a commencé à l’âge de 2 ans quand j’ai appris comment faire fonctionner un magnétoscope et enregistrer les films à la TV sur VHS. J’ai été très marqué par l’âge d’or des 80s à Hollywood où se sont enchaînes les Star Wars, les Indiana Jones et autres grands films qui ont forgé mon imaginaire.
Inutile de dire que les films français de l’époque et hors exceptions presque tous jusqu’à aujourd’hui n’ont jamais suscité la même passion pour moi. Donc je me suis toujours demandé pourquoi. Puis j’ai voulu faire du cinéma de genre en France. Et j’ai vu l’hécatombe autour de moi. Des murs ont été dresses par les décisionnaires pour empêcher au cinéma français toute diversité possible allant au-delà des comédies, des drames et des comédies dramatiques. Ce n’est pas normal donc j’ai enquêté pour savoir pourquoi. Ça semble évident mais personne n’en parle ou n’ose le dire : notre cinéma est affligeant, médiocre en forme et en fond et offrant toujours les mêmes chances aux mêmes personnes dans un entre-soi qui gangrène la création. Nous sommes devenus culturellement un des pays les plus repliés sur soi au monde et le cinéma en souffre chaque mercredi en salles.
Ce n’est pas tant ma conscience politique qui a mené le projet que le sentiment d’injustice. Exemple : si je voulais faire un film de super-héros français, on m’en empêcherait. En Italie je pourrais, en Allemagne aussi, même en Russie et en Angleterre et en Espagne ce serait le paradis. En France ? Impossible. Donc je ne peux pas faire ce que j’aimerais faire et voir. Donc si je ne peux pas faire ce film ou les 500 autres idées du même goût que j’ai en tête, il faut expliquer aux gens pourquoi. Il faut se poser la question et essayer de trouver la réponse. Les Cinéphiles existe parce que les films de genre qui existent ailleurs ne peuvent pas naître ici.
C’est une volonté d’éduquer les gens, de faire comprendre les problématiques du ciné français et faire comprendre pourquoi les gens comme moi détestent ce qu’il est devenu. C’est un manifeste argumenté plus qu’un documentaire. C’est une façon de dire « voilà ce qui nous emmerde » comme quand Truffaut dénonçait le cinéma français de merde dans les années 50 avant de lancer avec ses copains la Nouvelle Vague. Il faut mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Du coup, une fois que cette idée d’un manifeste t’es venue, comment as-tu monté ton projet ? Comment l’as-tu écrit, comment as-tu choisi tes intervenants, de le faire financer via une plateforme de financement participatif (KissKissBankBank) ?

Un an d’écriture et à chercher des intervenants assez diversifiés. Dans ce type de docu on ne voit que des hommes blancs, toujours les mêmes et pour défendre les mêmes idées. Qui dit diversité du cinéma dit diversité des personnes, d’où l’inclusion de personnes non-blanches, ou lesbiennes ou plus de femmes en général.
Pour l’écriture, j’avais mes thèmes, dont j’ai cerné les questions selon les intervenants pour que les réponses puissent dialoguer entre elles plutôt que de passer par la voix-off, dans la mesure du possible.
Pour le financement, j’ai essayé quelques boites de production mais personne n’a voulu soutenir un film qui allait s’attaquer au CNC et au milieu en général. D’où le recours à un financement participatif, qui a été un succès, et permis de commencer à faire parler du film (ce qui a aussitôt déclenché la polémique et la haine de certains journalistes qui ont tout à perdre qu’on remette en cause le système qu’ils parasitent depuis des décennies).

Quelles ont été tes influences formelles pour la réalisation et le montage du documentaire ?

Plusieurs influences : Guy Debord pour la pensée, Yannick Dahan et Rafik Djoumi pour l’articulation du propos, Hazanavicius et Oliver Stone pour le style et le film Room 237 comme matrice du traitement. L’idée était de se rapprocher le plus possible d’une idée de « la pensée filmée » grâce aux citations plutôt qu’un reportage trop en retrait sur les faits. J’assume ce côté engagé : ce film est ma vision, mon sentiment sur ce bordel, avec mes arguments, basé sur des vrais chiffres.

Comment expliques-tu que la France peine à exploiter ses grands auteurs populaires comme Jules Verne ? De même, comment vois-tu le cinéma français populaire pré-Nouvelle Vague ?

Les producteurs craignent Jules Verne et compagnie. Un film de genre, ça coûte cher et comme les rares qu’on fait sont mal faits et mal vendus, ils ne rapportent pas. Un échec seul peut faire couler plusieurs sociétés de production. L’échec d’un Valerian est encore pire : il interdit à tous les autres types de budget de SF de se concrétiser pour les prochaines années en France. Si une comédie foire, 50 autres prennent le relais. Un drame foire ? Pas grave, ça coûte rien et ça fait la vitrine aux festivals. Un film de genre foire ? Tout le genre est remis en cause. C’est la preuve d’une justice a 2 vitesses dans la production française.
Ce que j’aime dans le cinéma français pré-Nouvelle Vague, c’est que même si on retrouvait le même type de films qu’aujourd’hui (comédies/drames/polars) il y avait aussi une grande place donnée au fantastique, à l’horreur et donc à l’imaginaire. C’est ce cinéma là qui a été effacé de l’inconscient collectif alors qu’il fait autant partie de notre patrimoine que Fernandel et Raimu.

Pourrais-tu me parler de 2 ou 3 cinéastes français modernes que tu apprécies, et expliquer pourquoi ?

Ils sont très rares ceux que j’apprécie aujourd’hui et même dans ceux-là je ne trouve pas toujours tout réussi. Je note quand même Christophe Gans qui est un gâchis épouvantable à ne rien faire quand il pourrait sortir un miracle tous les 2-3 ans, Kassovitz dont j’ai adoré LOrdre et la Morale, Hazanavicius parce qu’il bosse totalement à la marge du système français actuel, Céline Sciamma qui est dans mon film parce que sa filmo respire une parfaite maîtrise du cinéma de genre et l’intègre naturellement à sa narration. Et il y a aussi Julia Ducourneau qui a fait Grave, l’exemple même de film dont on a cruellement besoin. Ça ne fait pas beaucoup mais parce que tous les autres de bons pour moi se sont barrés, sont morts ou on les empêche de réaliser leur projets.

Peux-tu commenter un peu la réception de ton film, sur Twitter notamment et également chez les journalistes cinéma ?

Le film n’a à ma connaissance reçu que des éloges lors de la projection et des gens qui l’ont vu en VOD ou DVD. J’ai été très encouragé et félicité. Plein de gens m’ont dit qu’ils n’avaient pas conscience de l’ampleur du problème jusque là mais que le film leur a ouvert les yeux sur la gravité et la complexité du sujet.
Pour ce qui est des journalistes, j’ai été insulté et méprisé par une bonne partie d’illuminés qui ont cru que le film parlait de la critique française (ce qui n’est pas le cas) et qui ont par conséquent boycotté le film. Pour rappel ce sont des gens qui dirigent des magazines de cinéma en France ou y travaillent et qui défendent depuis des décennies les pires agresseurs sexuels du cinéma et les ordures dans l’illégalité comme Polanski, Kechiche et j’en passe. Je me suis fait remarquer auprès d’eux en osant remettre en question le traitement média de ces 2 réals, totalement protégés et défendus par une certaine presse qui a des squelettes dans le placard et qui a tout intérêt à ce que rien ne change. Ils sont faciles à reconnaître, c’est ceux qui font semblant de ne rien voir quand 10 femmes ont accusé Polanski de viol mais qui s’en donnent à cœur joie quand il s’agit de Weinstein. Pour couronner le tout, l’un d’entre eux a été accusé de harcèlement par plusieurs femmes. Je crois ne pas avoir besoin de leur validation et le fait qu’ils me détestent me conforte dans l’idée que je ne suis pas dans le camp des bourreaux.

Enfin, quels projets as-tu en tête pour le futur, que ce soit au niveau du documentaire ou de la fiction ?

Mon film a été remarqué par une boite de prod qui me lance actuellement sur plusieurs projets… mais c’est top secret ! C’est pour la télé, ça sera diffusé courant 2018 et logiquement d’autres devraient suivre. Je veux continuer à parler de cinéma, j’ai des projets de docu et de fiction qui en traitent, sur des choses très variés, des réalisateurs et des films très connus. J’aimerais aussi faire un vrai film de genre un jour, mais si un autre pays avant la France m’en donne les moyens, je partirais sans regret. J’ai écrit un traitement pour un film à la body snatchers dans un contexte de révolte sociale en France. Les héros sont des manifestants militants d’extrême-gauche, et les aliens ont pris la place des médias et des pouvoirs politiques. Les flics ont été remplacés par des sortes de zombies qui tirent à vue sur les manifestants. L’histoire raconte comment des gens essaient de survivre dans ce contexte, poursuivis par un de ces CRS immense, d’apparence invincible et défiguré par de nombreuses batailles et que les manifestants ont baptisé « le capitaine ACAB ». Ce serait drôle, plein d’action, avec un regard lucide sur notre société, de la SF et surtout divertissant. Bizarrement, je vois mal la France investir dedans…

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