Lorenzo’s Oil : un combat de tous les instants

En 1991, 4 ans après la sortie de son dernier film, The Witches of Eastwick, Miller commence le tournage de Lorenzo’s Oil. 6 ans se sont écoulés depuis la fin de sa trilogie Mad Max. Il est temps pour Miller de passer à autre chose. De passer à autre chose en réalisant un film sur la médecine, alors que Miller était médecin avant de devenir réalisateur.

Lorenzo’s Oil, donc, est tiré d’une histoire vraie. L’histoire d’un petit garçon, Lorenzo, qui est atteint de l’adrénoleucodystrophie (ALD), une maladie qui se transmet génétiquement et qui, sans traitement, aboutit inévitablement à la mort du malade. En fait, plutôt que l’histoire de Lorenzo, ce film raconte l’histoire du combat de ses parents contre la maladie. La mère est jouée par Susan Sarandon, qui livre ici une prestation magistrale et dont je me rappellerai pendant longtemps. Le père, quant à lui, est interprété par Nick Nolte qui joue très bien mais dont l’accent italien m’a quelque peu dérangé.

Quand j’ai lancé le film, j’avais peur d’assister au déroulement d’un drame mièvre au pathos handicapant, digne d’un téléfilm de mauvaise qualité. Mais non, George Miller ne m’a pas décu. En effet, bien qu’il laisse la part belle aux émotions, Miller filme ce drame familial comme il pourrait filmer un film de guerre ou un thriller. Cuts brutaux, travellings avant rapides ou encore plans penchés et étourdissants : la caméra se caractérise ici par son dynamisme. Le film se fait vraiment ressentir comme une course contre la montre, où chaque avancée est essentielle, et où chaque petit accrochage est fatidique. L’ennui n’est pas de la partie.

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L’essentiel de l’intrigue se déroule dans la maison des Odone, mais cela n’empêche pas Miller de déployer une technique virtuose du début à la fin du film. Une technique qui lui permet de nous expliquer clairement les enjeux, quand bien même nous ne connaissions rien à la médecine (très bonne idée ici de représenter le cerveau comme un évier à travers un schéma). Le génie de Miller nous livre de grands moments de Cinéma et de très bons plans. Celui que je voudrais retenir, pour montrer l’importance de la narration visuelle, est assez banal en apparence : une main attrape une tomate sur les étales d’un vendeur et cette main se révèle être celle du père de Lorenzo, Augusto. Pour le spectateur attentif, tout de suite, nous savons où il se trouve. En effet, au début du film, Lorenzo, au détour d’un dialogue, explique que son père (d’origine italienne, donc) se plaît aux Etats-Unis mais qu’il regrette les tomates d’Italie. Ainsi, grâce à ce plan, qui n’a pas été mis ici au hasard par Miller, nous comprenons tout de suite que le père se trouve en Italie. De même, l’idée d’ouvrir le film aux Commores sur des scènes empreintes de spiritualité annoncent parfaitement la foi dont feront preuve les parents à travers les épreuves que leur réserve la maladie de leur enfant. D’ailleurs, l’un des plus beaux moments du film est procuré par l’arrivée à Washington de l’ami comorien de Lorenzo. Lorsqu’il voit pour la première fois Lorenzo malade, Omouri entonne spontanément un chant swahili. Ce moment mystique fait écho à la scène où les parents de Lorenzo lui content l’histoire de San Lorenzo tout en regardant les étoiles dans le ciel noir.

George Miller apparaît ici désabusé face au métier qu’il pratiquait avant d’être réalisateur. La médecine nous est montrée comme une science sclérosée par ses institutions qui ne vont pas assez vite pour Lorenzo et par l’économie de marché qui empêche le développement d’un remède parce qu’il ne serait pas assez rentable. Miller, à deux reprises, critique le manque de moyen de la médecine : le docteur Nikolais invoque les « Reaganomics » qui fait que le symposium sur l’ALD ne peut être financé, puis un médecin qui pense avoir trouvé une solution rechigne à le tester car il sait qu’il ne pourra être financé, faute de rentabilité. De même, Miller critique l’institution même de la médecine. Ici, les médecins et chercheurs en médecine ne sont pas présentés comme des dieux, mais au contraire comme des personnes en retard, qui sont obligés de respecter les protocoles et qui ont du mal à accepter que la solution puisse venir d’autre part. Cette solution vient avant tout des parents de Lorenzo qui n’ont pas abandonné tout espoir en la médecine en tant que science et qui croient aux recherches qu’ils mènent, même si cela leur coûtera du temps (qu’ils pourraient passer au près de leur fils) et de l’argent. Dans Lorenzo’s Oil, en somme, les institutions sont là pour faire accepter aux parents une mort certaine, alors que les parents, eux, cherchent l’espoir partout où ils le trouveront et ne résigneront pas. La maison familiale est caractérisée par des couleurs chaudes (bien que l’on assiste en son sein aux crises régulières qu’endure Lorenzo) alors que l’hôpital, lieu de mort, est froid et monochrome.

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George Miller apporte de l’émotion de manière généreuse mais sobre également, en maîtrisant de bout en bout son sujet et son propos. Sobre car il ne filme pas les souffrances de Lorenzo de manière exagérée, ces dernières ont même plutôt lieu en hors-champ. Généreux car, au bout du compte, on a du mal à retenir ses larmes en assistant aux épreuves que traversent cette famille. On ressort du film lessivé comme si on avait vu un Mad Max. Quel dommage que ce film soit coincé dans la filmographie entre des films presque unanimement acclamés (Mad Max) et des films pour enfants (Babe 2 et les deux Happy Feet), alors qu’il a sa place parmi le haut du panier de la carrière du réalisateur. Même parmi le très haut.

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